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Hallucinations auditives

que restera-t-il de l’État québécois une fois qu’on l’aura «restructuré» à ce rythme d’enfer ?

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Selon Philippe Couillard, l’«austérité» ne serait qu’une «vue de l’esprit». Visiblement incommodé par un mot aux airs sombres de compressions massives, il tente depuis des mois d’en neutraliser le risque politique en lui préférant «redressement» ou «rigueur».

Selon Philippe Couillard, l’«austérité» ne serait qu’une «vue de l’esprit». Visiblement incommodé par un mot aux airs sombres de compressions massives, il tente depuis des mois d’en neutraliser le risque politique en lui préférant «redressement» ou «rigueur».

En avril dernier, c’est pourtant sans hésitation qu’il avait prononcé le vocable maudit. Lors de l’assermentation de ses ministres, il disait ceci: «L’expérience internationale indique que la simple austérité sans changements structurels et mesures de croissance peut ralentir l’économie et aggraver la situation.»

Après une session parlementaire marquée par les compressions et une relance inexistante, l’ironie que dégage aujour­d’hui cette petite phrase oubliée est spectaculaire.

Dans les faits, M. Couillard lançait le même avertissement que lui servent maintenant plusieurs économistes. Un avertissement qu’il semble cependant avoir oublié depuis.

Ces paroles prononcées en avril ne sont pourtant pas une hallucination auditive...

Dialogue social imaginaire

Il faut dire que le gouvernement est passé maître dans l’art de dire une chose et de faire son contraire.

Grand manitou de l’austérité et président du Conseil du trésor, Martin Coiteux promettait un «dialogue social» avant de couper. Ce dialogue s’est avéré imaginaire.

Selon le ministre des Finances, la majeure partie du «chemin» vers le déficit zéro dès 2015-2016 est déjà fait. Or, la vraie guillotine tombera l’an prochain. Le gouvernement limitera radicalement l’augmentation de ses dépenses à 0,7%. Du jamais vu qui fera mal.

M. Coiteux aime dire qu’il veut réduire la «taille» de l’État, alors qu’il est renommé pour être de ceux qui cherchent carrément à réduire son «rôle».

M. Couillard promet qu’un déficit zéro rapide redonnera aux Québécois leur «liber­té de choix et d’action». Or, son choix est déjà fait. Tout éventuel «surplus» irait à la dette et aux baisses d’impôts. Et pour les services publics? Mystère et boule de gomme.

Avant l’élection, il dénonçait l’«instabilité» d’un référendum hypothétique. Un «effet libéral» magique garantirait la «stabilité». Depuis l’élection, c’est l’incertitude qui se généralise face aux compressions réelles ou testées par ballons interposés.

Pendant la campagne, M. Couillard disait qu’une vraie relance économique permettrait d’atteindre l’équilibre budgétaire. Depuis, il a tout simplement inversé l’équation.

De l’improvisation ?

Avec ses bouquets de ballons, le gouvernement semble naviguer à vue. S’il est vrai qu’il livre parfois sa vision dans le fouillis et l’incohérence, il n’y a rien d’improvisé quant à l’objectif final.

M. Couillard a beau jouer sur les mots pour tenter d’orienter les perceptions, la destination est claire. Quand il parle de mesures «structurantes», il est sérieux. La vraie question est que restera-t-il de l’État québécois une fois qu’on l’aura «restructuré» à ce rythme d’enfer?

Parions que le «panier» de services publics aura été réduit. Que malgré une population vieillissante dont la majorité est sans régime de retraite, on accélérera la sous-traitance au privé des soins aux personnes vulnérables. Idem pour les garderies.

Les citoyens seront des «utilisateurs-payeurs». Les augmentations de tarifs frapperont plus souvent la classe moyen­ne et les gens à faibles revenus.

Le «modèle» québécois est certes imparfait. L’impression est néanmoins celle d’un gouvernement moins pressé à l’«optimiser» qu’à l’affaiblir.