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Bienvenue dans le « Black Hole »

Les partisans des Raiders parmi les plus excentriques dans le monde du sport

NFL/
Kirby Lee / USA Today Sports

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Dans le monde du sport, il y a les partisans des Raiders d’Oakland, puis les autres. Vêtus d’extravagants costumes, ornés de têtes de morts et maquillés de manière lugubre, ils incarnent de sympathiques malfrats avec lesquels il n’y a aucune commune mesure. Bienvenue dans l’empire des fans les plus mythiques dans la NFL, le «Black Hole»! 

Lors du passage du Journal à Oakland, le 20 novembre, les Raiders s’apprêtaient à décrocher leur première victoire cette saison, après 16 défaites consécutives. Depuis leur retour à Oakland en 1995, ils n’ont connu que trois saisons gagnantes.

Pourtant, le O.co Coliseum est toujours bien rempli. La ville, frappée par un taux de criminalité élevé, soutient ses Raiders malgré des années de futilité. Mais plus que le soutien, c’est la manière débridée de le démontrer qui frappe.

«C’est la famille! Ici, il n’y a aucune différence, que notre équipe soit 10-0 ou 0-10. Nous sommes amoureux des Raiders, peu importe ce qu’ils doivent traverser», avise Gary Dowell, alias «Dark Side», vêtu d’une imposante cape noire.

Un départ bien tranquille...

Dans les sections 103 à 106, derrière la zone des buts, une étrange famille formée de pirates insolents, de squelettes intimidants et autres personnages étrangement macabres, mais festifs, règne sur ce lieu culte surnommé le «Black Hole».

«Il y a quelque chose ici qui vous touche pour le reste de votre vie quand vous le vivez. C’est une expérience unique en son genre. Les gens sont spectaculaires et dépassent la définition de loyauté», nous explique le «Parrain» Griz Jones, qui se targue d’organiser les plus longs tailgates dans la NFL, sur trois jours et deux nuits.

Pourtant, à notre arrivée sur les lieux par un jeudi gris qui n’a rien de l’image idyllique californienne, c’est le calme plat.

Il pleut des cordes et les partisans colorés des Raiders sont occupés à sauver leur équipe (voir autre texte). Les murs fades de béton surmontés de barbelés qui conduisent au stade n’invitent pas à la fiesta.

Que le party commence!

Mais une fois à l’intérieur du stade, l’ambiance carnavalesque nous saisit. Ici, interdit de porter le chandail adverse. Proscrit aussi de s’asseoir, ce qui dénoterait un flagrant manque de passion. Le «Black Hole», ce n’est pas du football pour grand-papa, sauf si celui-ci s’affuble d’épaulettes ou d’un gallon de peinture noire dans le visage!

«C’est bien plus qu’un match, c’est une expérience! Le Black Hole, c’est rock n’roll. C’est la place où il faut être», nous confie Bob Goodensen, un fan depuis 1972, décoré d’énormes ailes de chauve-souris activées par un mécanisme qu’il a lui-même conçu.

Durant un match, les oreilles chastes silleront. Il n’y a rien qu’on ne balance pas aux joueurs des Chiefs. Même une mouette, qui a la fâcheuse habitude de sauter sur le terrain en fin de match, se fait invectiver. «Violez le foutu oiseau!», hurlent de joyeux hurluberlus. Plus tôt cette saison, les joueurs des Cardinals se sont fait lancer des pièces de monnaie.

Pas pour les tendres

Oakland n’est pas une ville pour les tendres et cette mentalité se reflète dans le «Black Hole», au-delà des costumes burlesques.

«Cette équipe, c’est notre culture, notre vie, ça va plus loin que le football. Les Raiders, c’est notre identité. Perdre cette équipe pour une deuxième fois, ce serait comme mourir», souligne à juste titre monsieur «Doctor Death», coiffé d’un casque de construction troué de lames de couteaux.

Les Raiders sont peut-être moribonds, mais certainement pas leurs partisans!


 

Les Raiders à Oakland pour y rester ?

OAKLAND  |  Même s’ils misent sur des partisans qui figurent parmi les plus loyaux, tous sports confondus, les Raiders pourraient fort bien quitter Oakland dans un avenir très rapproché.

Au moment du passage du Journal, un rallye populaire était organisé avant le match face aux Chiefs. Le message: «Stay in Oakland» (Restez à Oakland) a été imprimé sur près de 15 000 affiches.

Depuis qu’ils sont revenus à Oakland en 1995, les Raiders réclament un nouveau stade, mais il y a du sable dans l’engrenage. Récemment, Mark Davis, le propriétaire et fils du défunt Al Davis, a indiqué que Los Angeles représenterait une excellente terre d’accueil. En juillet, il avait aussi effectué une visite à San Antonio pour étudier la possibilité d’y déménager l’équipe dès 2015.

«Nous sommes déjà passés par là [les Raiders ont déménagé à Los Angeles de 1982 à 1994]. Il faut se lever et dénoncer cette possibilité», s’est époumoné Griz Jones, organisateur du grand rendez-vous.

«Ça fait mal aux partisans les plus loyaux qui soient. Jamais les Raiders ne seront autant appuyés, peu importe où. Nous ne gagnons pas, mais tous nos matchs sont disputés à guichets fermés. Ça veut tout dire, c’est incroyable!», croit-il.

De son côté, celui que l’on surnomme Raider Freak, du haut d’immenses bottes qui lui donnent des airs de Gene Simmons, pousse un grand rire. «Ils ne bougeront pas. Fin de l’entrevue!»