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L’idéologie contre la science

L’idéologie contre la science
Photo courtoisie.

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Là ça va faire. Appelez ça politiques d’austérité ou banane bleue, je m’en fiche. Mais que je vois quelqu’un essayer à nouveau de me dire que les politiques du gouvernement Couillard ne sont pas des coupures idéologiques et je lui savonne vertement les oreilles sans aucune autre forme de procès.

Ce vendredi, on apprenait coup sur coup, ou plutôt coupe sur coupe, que le gouvernement du Québec retirait en totalité ses subventions au magazine scientifique Les Débrouillards et à l’Agence Science-Presse (ASP), des enveloppes de 175 000$ et 120 000$, respectivement. Sur le budget total de 97 milliards de dollars du gouvernement, ces «épargnes» représentent un mirobolant 0,0003%. Si on ramène cette proportion à un budget plus facilement appréhensible pour l’esprit, de 50 000$, par exemple, c’est l’équivalent de 15¢.

Rappelons que le déficit d’opération du gouvernement selon le budget Leitão de juin dernier est d’un peu plus de un milliard, soit à peine plus de 1%. Toujours selon notre même échelle de 50 000$, c’est l’équivalent de 538$. Décider de couper 15¢ pour réduire un déficit de 538$ n’est pas ce qu’on pourrait appeler une contribution majeure, c’est le moins qu’on puisse dire. Selon ce que rapporte le Journal, le sous-ministre à l’Économie aurait confié à la directrice générale de l’ASP Josée Nadia Drouin que «la promotion de la science ne fait plus partie des priorités du gouvernement». Faut le faire. Mais, au moins, ça a le mérite d’être clair, pour rester poli.

Depuis que la nouvelle est sortie, je lis sur les réseaux sociaux des dizaines de témoignages de scientifiques affirmant qu’ils ont pris goût à la science en lisant Les Débrouillards, lorsqu’ils étaient enfants. L’éveil à la curiosité scientifique dès l’enfance est crucial. De la même manière, l’ASP joue un rôle primordial – et unique au Québec – dans la vulgarisation de la recherche scientifique auprès du grand public. C’est elle qui alimente plusieurs médias généralistes de la province.

Le retrait du financement public fera moins mal aux Débrouillards qu’à l’ASP mais remet en question un de leurs projets récent, le magazine Curium, destiné aux adolescents, lancé en août dernier. En revanche, les 120 000$ retirés à l’ASP compromet purement et simplement son existence, car cette somme représente 70% de son budget.

Des économies de bouts de chandelles qui affaibliront encore plus un pan du Québec où il fait particulièrement piètre figure. Même si la situation s’améliore, l’économie québécoise n’est pas assez innovante et n’investit pas suffisamment en recherche et développement. Les carrières scientifiques ne sont pas suffisamment valorisées et la culture scientifique trop peu promue. À une époque où la science et la technologie n’a jamais été aussi présente dans notre quotidien et ou ses conséquences multiples représentent des défis complexes, fragiliser ou mettre en péril deux institutions

majeures de promotion scientifique est pire qu’irresponsable: il ne s’agit rien de moins que d’une décision odieuse et scandaleuse. L’un des rôles majeurs de l’État est l’éducation des citoyens – éducation qui ne se limite évidemment pas à l’école.

Le message du gouvernement Couillard est on ne peut plus clair: la promotion de la science auprès des jeunes et du grand public en général ne rapporte pas d’argent à court terme, oublions donc le long terme et l’avenir d’une société pourtant riche de ses talents, de son imagination et de son histoire scientifique.

«Science sans conscience n’est que ruine de l’âme» écrivait Rabelais dans Pantagruel, il y a près de 500 ans. La vision politique de ce gouvernement, si tant est qu’on puisse ainsi qualifier ses décisions, n’a ni science ni conscience. Je n’ose pas imaginer la sécheresse de son âme, si tant est qu’il en avait une.