/lifestyle/books
Navigation

Un éditeur tout mêlé !

Chroniques d’une romancière angoissée

Rendez-vous la semaine prochaine !
Illustration Le Journal de Montréal, Johanna Reynaud

Coup d'oeil sur cet article

-C’est qui Éléonore?

Pourquoi mon éditeur me pose-t-il cette question? Il affirme que ce prénom arrive à brûle-pourpoint dans le sixième chapitre, alors qu’il sait très bien qu’Éléonore est le personnage principal de mon roman! Comment peut-il avoir oublié un détail aussi important?

Parfois, je me demande s’il lit vraiment les extraits de mon manuscrit, que je lui remets toutes les semaines. L’autre jour, j’ai écouté en catimini une conversation qu’il avait avec ma relationniste de presse au sujet du livre que je suis en train d’écrire. Honnêtement, je reconnaissais à peine mon histoire.

Il semblait complètement mêlé, affirmant que je mettais en scène un trio de filles, alors que mon héroïne a pour seule amie sa sœur jumelle. Il était également convaincu que mon intrigue prenait place au centre-ville de Montréal. Euh... c’est parce qu’elle se déroule dans le Nouvo St-Rock à Québec, espèce de kangourou mal léché!

Bref, j’étais tellement inquiète à l’idée que ma relationniste galvaude ici et là ces fausses informations que je lui ai fait parvenir un résumé véridique.

Depuis cet incident, je m’interroge sur les capacités intellectuelles de mon éditeur. Pourtant, je sais qu’il n’est pas con. C’est même un homme brillant quand il veut. Mais ces temps-ci, il en arrache. Carrément. Comme s’il n’était plus le même.

Parfois, j’ai l’impression qu’il est absent, perdu dans de lointaines pensées. Et souvent, il a l’air triste. Comme présentement. Qu’est-ce qui lui arrive? Peine d’amour? Crise existentielle? Dépression? Je me dois d’être plus compréhensive et de le juger moins sévèrement.

Psychanalyse au programme

J’évite sa question sur Éléonore, en me disant que c’est inutile de l’humilier. J’en profite plutôt pour lui demander s’il se porte bien, s’il a du nouveau dans sa vie.

Il me dévisage d’un air stupéfait. Méfiant même. Il me répond poliment que tout est OK, mais je ne le crois pas. Il refuse de s’ouvrir et j’estime que ce n’est pas bon pour lui. S’il a besoin d’aide comme je le pense, il doit faire confiance aux autres. Je suis là pour le guider.

Je tente d’en savoir un peu plus en lui parlant de ses «absences». Je lui dis être inquiète parce qu’il n’est pas aussi alerte que d’habitude.

-Ça va faire la psychanalyse! On est ici pour parler de ton roman. Pas de mes états d’âme.

Ouh là, là... Je crois que je viens de toucher un point sensible. Son ton légèrement agressif me le confirme d’autant plus. J’ai raison de penser que ça ne va pas bien dans sa tête et dans son cœur. Je me dois de le sauver!

Je ne lâche pas le morceau et je lui fais maintenant part de mes craintes concernant le fouillis qui semble régner dans son cerveau.

-Hein?

Je lui explique avoir entendu sa discussion avec mon attachée de presse. Discussion au cours de laquelle il a commis de nombreuses erreurs de faits sur mon bouquin. Il semble confus, ce qui renforce tous mes doutes. Il reste silencieux et je me dis que, finalement, il va accepter de se confier.

-Je ne vois pas du tout de quelle conversation tu parles!

Une relationniste pimpante

Bon, il fait dans le déni maintenant! Ça ne s’améliore pas. Je dois vraiment user de psychologie pour la suite. Je décide de faire appel à ma relationniste pour appuyer mes propos. Véritable boute-en-train, elle se pointe en deux temps, trois mouvements. Toute pimpante comme toujours.

Je lui demande de confirmer que mon éditeur était bel et bien dans les patates quant à mon roman. Celui-ci semble de plus en plus éberlué.

-Mais non, Romancière angoissée! Il ne me parlait pas de ton roman pantoute. C’était celui de Collègue Chick!

Oups...me voilà légèrement embêtée. Mais ça ne justifie pas qu’il ait complètement oublié le prénom de mon héroïne. Ça, c’est particulièrement troublant, n’est-ce-pas madame la relationniste?

-Éléonore, il me semble qu’un autre personnage s’appelle comme ça, répond-elle.

Eille! J’espère que ce n’est pas Collègue Chick qui m’a piqué ce prénom adorable! Je viens pour péter ma coche quand mon éditeur a une illumination.

-C’est toi qui es toute mêlée, Romancière angoissée. Éléonore, c’est bien ton personnage. Mais pas celui de tes romans!

Mais de quoi parle-t-il? C’est impossible! Et tout à coup, je me souviens. Éléonore, c’est l’héroïne des chroniques que je signe dans une revue de fille toutes les semaines... Honnnn!

Mon éditeur n’a plus l’air malheureux du tout. Il se bidonne solide, en me disant que j’ai vraiment une imagination débordante pour penser que c’est lui qui a des problèmes de mémoire...