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Chimiothérapie coûteuse refusée

L’Hôpital de Sept-Îles suggère à un homme atteint d’un cancer du pancréas de se tourner vers le privé

Chimiothérapie coûteuse refusée

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Atteint d’un cancer du pancréas, Dominique Joncas est désespéré de ne pas avoir accès à un traitement de chimiothérapie prometteur, pourtant homologué par Santé Canada, parce que l’Hôpital de Sept-Îles refuse de prendre en charge le coût de 80 000$.

«L’Hôpital m’a suggéré de recevoir ce traitement dans une clinique privée de Québec, mais mes assurances ne couvrent pas cela et je n’ai pas l’argent nécessaire. J’ai payé des impôts toute ma vie. Cela n’a pas de bon sens. Je viens de voir la lumière s’éteindre au bout du tunnel», se désole M.Joncas.

Ce résident de Blanc-Sablon, âgé de 54 ans, a passé la dernière semaine dans la capitale avec sa conjointe pour faire des examens de contrôle à l’Hôtel-Dieu de Québec.

À cet hôpital, l’oncologue a recommandé une association de gemcitabine et d’Abraxa­ne, jugeant qu’elle constituait «la meilleure thérapie possible» pour contrôler le cancer de M.Joncas dans son état actuel.

Cette chimiothérapie devait être administrée à l’Hôpital de Sept-Îles, avec un suivi au CSSS de Blanc-Sablon.

À l’étude au Québec

L’Abraxane, associé à la gemcitabine, est approuvé par Santé Canada depuis août dernier pour le traitement du cancer du pancréas avec métastases.

Au Québec, l’Abraxane est encore à l’étude en vue d’une possible inscription sur la prochaine liste des médicaments acceptés, qui sera publiée en février 2015 par l’Institut national d’évaluation en santé et services sociaux (INESSS).

«Sachant que ce médicament n’est pas reconnu par l’INESSS pour le cancer du pancréas, nous considérons qu’il n’est pas reconnu comme étant efficace pour traiter ce cancer. Nos équipes se réfèrent à l’INESSS et non à Santé Canada. Notre refus n’a rien à voir avec son coût. Ce n’est pas un facteur décisionnel pour nous», stipule le directeur géné­ral du CSSS de Sept-Îles, Jeannot Michaud.

« C’est injuste ! »

«Ces gens-là ne sont pas dans mes souliers. C’est ma vie qui est en jeu. C’est injuste! Si j’avais suffisamment d’argent, j’irais au privé, mais ce n’est pas le cas. Je retourne chez moi pour reprendre là où j’étais, avec la crainte que ma maladie empire», s’attriste M.Joncas.

Ironiquement, comme il n’a pas de métastases, il n’est pas admissible à recevoir l’Abraxane à l’Hôtel-Dieu de Québec, selon le protocole établi.

Là également, on propose aux patients qui en ont les moyens d’aller au privé.


Des traitements de pointe réservés aux privilégiés

Pour qui a des assurances privées ou un portefeuille bien garni, des cliniques privées offrent, au Québec, des traitements de pointe de chimiothérapie qui ne sont pas couverts par le régime public.

On trouve plusieurs de ces centres privés d’administration de médicaments par intraveineuse autour de Montréal, ainsi qu’à Trois-Rivières et Québec, selon le Dr Gerald Batist, oncologue à l’Hôpital général juif et conseiller médical de la Coalition priorité cancer au Québec.

«C’est terrible! On a un système public pour accéder aux médicaments, mais il faut suggérer aux patients d’aller dans ces centres de perfusion privés pour certaines thérapies. Le problème, c’est que bien des gens n’ont pas d’assurances privées», déplore le Dr Batist.

« Un stress supplémentaire »

André Beaulieu, porte-parole de la Société canadienne du cancer, rappelle que certains hôpitaux ont un budget discrétionnaire pour assumer les coûts de médicaments novateurs qui ne sont pas encore remboursés par l’État.

«Pour le patient, le temps compte. C’est un stress supplémentaire. Des gens sont obligés d’hypothéquer leur maison ou d’emprunter de l’argent pour payer leurs traitements de chimiothérapie. On a un bon système de santé, mais qui a ses limites», soulève M.Beaulieu.

Le système à deux vitesses est là, dit-il. «On s’en va vers de la chimiothérapie personnalisée, qui coûte très cher parce qu’elle cible un plus petit nombre de patients. Cela relance toujours le débat sur la valeur d’une vie», explique M.Beaulieu.

Le Dr Batist croit par ailleurs que la situation de Dominique Joncas illustre bien l’importance d’une meilleure intégration des soins pour le cancer entre les centres universitaires et les hôpitaux régionaux.

En ce sens, le projet de loi 10 du gouvernement Couillard sur la gouvernance des établissements de santé est une bonne chose, selon lui.

Qu’est-ce que l’Abraxane ?
Nanoparticules pour traiter le cancer
80 000 $
Coût annuel
Août 2014
Approuvé par Santé Canada pour le cancer du pancréas avec métastases, en association avec la gemcitabine
Au Québec
À l’étude par l’INESSS d’ici février 2015
Accessible au privé, au Québec