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Noël multiculturel

Noël multiculturel
DIDIER DEBUSSCHERE/JOURNAL DE QU

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Il neige sur la ville, un peu. Depuis ce matin, j’écoute des musiques sacrées de Noël, Handel, Bing Crosby, Paul et Paul. Ça sent bon les épices à tourtière, le plum-pudding et la friture des latkes, ces galettes de pommes de terre traditionnelles que je servirai à Hanoucca, l’autre fête de décembre.

Au creux de l’hiver, toutes nos contradictions, toutes nos explorations de vie se réconcilient pour fêter le retour de la lumière.

J’ai longtemps boudé le plaisir de plonger tête première dans les préparatifs du temps des Fêtes. Sourde aux sérénades des traditions ancestrales, je n’entendais que la symphonie des tiroirs-caisses. Je replongeais dans ma tristesse d’enfant pour qui Noël n’était qu’un rappel de la solitude d’être fille unique, adoptée sur le tard, sans parenté de mon âge avec qui jouer.

La faute aux Anglais...

C’est en Angleterre que j’ai pris goût à la chose. Après tout, notre Noël d’antan idéal ressemble pas mal au Noël de Dickens. Le sapin décoré, la dinde, le gâteau aux fruits mariné dans le brandy, la tarte au suif, le lait de poule, décorer avec du houx et du gui, remplir les bas des enfants avec des friandises, envoyer des cartes de Noël, autant de coutumes victoriennes adoptées par nos ancêtres pure laine.

Traditions elles-mêmes empruntées aux Romains (l’échange de cadeaux), aux Allemands (l’arbre) et même aux Turcs, car Saint-Nicolas, l’ancêtre du père Noël, était évêque à Myre, dans l’actuelle Turquie.

Ainsi va la construction des identités nationales.

Outre ses «pâtés» servis en entrée au réveillon, ma mère aussi avait une vision multiculturelle du temps des Fêtes. Au réveillon, elle nous servait son fameux spaghetti-boulettes de viande, selon la recette de son amie Colomba, une Italo-Canadienne intégrée mais jamais assimilée. Je n’ai jamais vu le moindre volatile sur notre table à Noël. Par contre, tante Rosanne, plus terroir que maman, préparait un six-pâtes pour le jour de l’An.

Ainsi va la construction des traditions familiales.

...et aux Français, aux Italiens

Plus tard, au fil de rencontres, j’ai découvert que mes amis Français mangeaient du saumon fumé, du foie gras et buvaient du champagne au réveillon, traditions nouvelles adoptées sans trop d’effort. Pendant longtemps, j’ai cuisiné de l’oie au chou rouge, goûtée la première fois chez mon professeur d’allemand, dont on me parle encore.

Aujourd’hui, que serait Noël sans un panettone milanais? Un vin chaud épicé, ou glögg, manière scandinave? La sauce aux canneberges typiquement américaine? La crème glacée «cannes en bonbon et chocolat» Choix du président, made in Ontario?

Pas besoin d’être chrétien pour entrer dans la danse. Je pense à mon amie Khadija, musulmane, dont le salon marocain accueille chaque année un gigantesque arbre de Noël. À Sylvie qui place une étoile de David en haut de son sapin rebaptisé «buisson de Hanoucca».

J’aimerais bien rencontrer ces «autres» qui se plaignent de la crèche à l’Hôpital d’Ottawa pour leur dire ce que je pense.

Je pense que l’idée des traditions n’est pas de les appauvrir, mais de les enrichir.