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S’attaquer à l’évasion fiscale : une question de rigueur

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Le premier ministre Philippe Couillard refuse d’utiliser le mot «austérité» pour qualifier les politiques mises de l’avant par son gouvernement préférant plutôt parler de «rigueur».

Ce n’est certes pas le moment de tenir un débat de nature sémantique, il faut avant tout considérer les mesures proposées pour mettre de l’ordre dans les finances publiques, afin d’être capable de maintenir les services dont ont besoin les citoyens.

Accordons donc le bénéfice du doute au premier ministre et espérons qu’il saura s’attaquer avec la plus grande rigueur à ce détournement de fonds majeur qu’est l’évasion fiscale, qu’elle soit légale ou illégale.

Deux poids, deux mesures

Combien de fois a-t-on vu des politiciens et des commentateurs politiques et économiques dénoncer des personnes qui recevaient de l’aide sociale alors qu’elles n’en avaient pas le droit? Il ne s’agit pas bien sûr de légitimer les fraudes à l’aide sociale, mais nous pouvons facilement constater que les critiques à l’égard des dirigeants de firmes qui se livrent à l’évasion fiscale sont beaucoup moins virulentes.

Traiter un bénéficiaire de l’aide sociale, de paresseux et de profiteur est chose courante, mais on qualifie rarement de fraudeurs des dirigeants de compagnies qui détournent des millions de dollars par le biais de l’évasion fiscale.

L’évasion fiscale reste immorale

Plusieurs compagnies plaident, comme le fait Bombardier, que «la structure organisationnelle mondiale de l’entreprise est conforme aux lois applicables, incluant les lois fiscales», mais cet argument ne tient pas la route. Ces compagnies nous disent que pour être concurrentielles, elles doivent faire comme leurs concurrents, qui, eux, utilisent le même argument dans leur pays. Belle logique que celle de faire valoir qu’il est moral de faire comme les autres, car il en va de la rentabilité de la compagnie sans tenir compte des responsabilités sociales de bons citoyens corporatifs. Ajoutons de plus que les salaires de ces dirigeants, particulièrement ceux des banques, ont augmenté de façon vertigineuse au cours des dernières décennies, ce qui n’est évidemment pas le cas de ces «terribles fraudeurs» de l’aide sociale!

Aucune pudeur

Si les fraudeurs de l’aide sociale se cachent, ce n’est souvent pas le cas pour bon nombre d’institutions. Les banques, par exemple, ne se gênent aucunement pour indiquer dans leur rapport annuel les activités de leurs filiales dans les paradis fiscaux.

Le gouvernement fédéral a conclu des ententes d’ordre fiscal avec ces mêmes paradis fiscaux en prétextant s’attaquer à l’évasion, alors qu’il a plutôt légalisé certaines pratiques.

Ce qui toutefois dépasse les bornes, c’est de voir ces «tricheurs corporatifs» (corporate welfare-bums), mendier l’aide de l’État pour des subventions et des crédits d’impôt. Pourrait-on leur rappeler que cet argent provient des poches des contribuables qui, eux, paient leurs taxes et impôts?

Notre premier ministre, s’il veut faire preuve de rigueur, doit s’attaquer à l’évasion fiscale et exiger, à la veille des élections fédérales, qu’Ottawa agisse également. Le laxisme envers ces profiteurs enverrait un bien mauvais message aux contribuables.

 
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