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Il y a encore des commerçants pour qui le client est roi.

Il y a encore des commerçants pour qui le client est roi.

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La semaine dernière, j’ai organisé un grand dîner familial pour célébrer le retour de ma fille aînée au Québec, après une année en Ontario. Au menu, son poulet rôti au citron et au romarin préféré (recette à la fin !)

En début d’après-midi, je me suis pointée chez l’épicier du coin – j’achète local et à pied, de préférence – acheter deux beaux poulets bien dodus et autres victuailles pour une fête réussie. Puisque j’étais à pied, j’ai payé pour une livraison à domicile. Normalement, le livreur arrive chez moi avant moi. C’est lui qui m’attend devant la porte.

Une heure s’écoule, une demi-heure, pas de livreur. Je téléphone au magasin et on me dit que c’est parti. Sans aller vérifier. Okidoki.

J’attends une autre heure. Toujours pas de livreur. Bizarre. Pendant ce temps, l’horloge avance et je crains manquer de temps pour cuisiner les volatiles. J’attends encore 30 minutes et je rappelle.

  • «On vous a dit que c’était parti».
  • «Il doit y avoir un problème. Vous m’avez dit cela il y a une heure et demi».

Je demande à parler au gérant.

  • «Ça ne vous  donnera rien, c’est moi la responsable.»
  • «Désolée, je veux parler à quelqu’un d’autre.»

On me met en attente. Je prends une grande respiration pour rester calme.

  • «Oui madame. Comment puis-je vous aider ?»

Je raconte ma triste histoire au gérant de la boulangerie (!) qui me demande mon adresse et prend au moins la peine d’aller vérifier.

  • «Il semblerait qu’il y a un problème. Ce n’est pas parti. Je m’en occupe immédiatement» 
  • «Si ce n’est pas arrivé d’ici 17h, mon repas est foutu».
  • «Nous allons faire tout notre possible».

Trente minutes passent. Toujours rien. Et puis, dix minutes plus tard, ding-dong, le livreur est à la porte. Je pousse un grand soupir de soulagement. Et je lui donne un pourboire, me disant que ce n’est certainement pas de sa faute. Sa job c’est de livrer ce qu’il y a dans son camion.

Heureuse enfin, je déballe mes sacs pour me rendre compte que les poulets n’y sont pas. Mon sang ne fait qu'un tour. Je téléphone à l’épicerie et je demande à nouveau le gérant. Cette fois, c’est le gérant des fruits et légumes (!) qui prend l'appel. Je lui raconte l’histoire calmement, même si j’ai en tête la vision d’une engueulade qui pourrait passer à l’histoire. Je ne me fache pas souvent mais quand cela arrive, mes amis disent que je libère mon Alien...

  • «Vous savez, ce n’est pas vraiment mon secteur mais je vais m’en occuper. Je vous rappelle dès que je joins le livreur».

Quinze minutes plus tard, dring dring.

  • «Vous êtes la dame de la rue XXX ? On a retrouvé vos poulets. Ils ont été livrés par erreur à l’autre bout de la rue XXX. Le livreur va aller les chercher et vous les retourner».

Je regarde l’heure, il est 18h. Trop tard pour cuisiner le poulet promis à ma fille. Six personnes à dîner et rien à leur servir. Je fulmine.

À 18h15, les poulets arrivent. Je note que le livreur, toujours le même, qui vient cette fois me les porter en mains propres sent l’alcool à un mètre. Je pense au généreux pourboire... mais je ne dis mot. 

Vers 18h30, mes invités arrivent. Je dois leur annoncer la triste nouvelle. Je leur offre le choix : chinois, pizza ou St-Hubert. Pour demeurer dans l’esprit volaille, la visite choisit le poulet BBQ.

J’en ai pour 100$, pourboire inclus.

Le lendemain matin, je téléphone au propriétaire du Provigo rue Saint-Laurent, à Ahuntsic, monsieur Michel Ricard. Il a entendu parler de l’histoire. J’ajoute que l’erreur m’a coûté un brun chez St-Hubert et que son livreur était bourré.

  • «Passez au magasin, j’ai quelque chose pour vous.»

Quand j’y suis allée, il m’a remis un bon d’achat de 100 $ en plus de m’offrir ses excuses. Pas de questions, pas d’argumentation, de l’humilité et une bonne dose de gros bon sens commerçant. Michel Ricard, franchisé Provigo, a compris qu’un client heureux est un client qui revient. Une chose de plus en plus rare. Aujourd'hui, tout le monde essaie de tirer la couverte de son bord. 

De tout cela, deux enseignements  : 1) Ne pas se fâcher, ne pas péter une coche si on est contrarié, c’est encore la meilleure façon d’aborder le problème quand on est en quête d’une solution. Se vider le cœur c’est bien, un dédommagement de 100$ c’est mieux. 2) Privilégier les marchands propriétaires. 

Et une question : Ai-je bien fait de dire à mon épicier que son livreur empestait l’alcool ? Je me sens coupable et je me sens coupable de me sentir coupable. 

 

Parce que c'est Noël: 

Ma recette de poulet au citron et au romarin (inspirée de Jamie Oliver)

Poulet - je préfère un gros poulet à deux petits

Beurre

Huile d'olive

5-6 branches de romarin frais

1 c. table de thym séché

2 citrons (préf. bio ou bien brossés)

1 grosse gousse d'ail 

Sel, poivre

Fourneau à 400 F

 

Étendre du beurre ramolli et de l'huile d'olive sur toute la surface d'un poulet amené à température de la pièce, saler et poivrer. Saupoudrer des feuilles d'une branche du romarin et du thym séché. Couper un citron en tranches et en placer la moitié sur les cuisses et sur la poitrine. Piquer l'autre citron avec une fourchette et enfouir dans la cavité, au préalable salée et poivrée. Briser l'ail en 3-4 morceaux et sans enlever la peau, ajouter à la cavité. Terminer avec la moitié du romarin, toujours sur la branche. Trousser. 

Placer dans une lèchefrite (pour ma part, je fais rôtir mes poulets dans une poêle en fonte. C'est génial). au fond de laquelle vous aurez déposé les tranches de citron et le romarin qui restent. Quand le poireau est en saison, j'ajouter deux poireaux coupés sur la longueur. 

Faire cuire à 400 F pendant dix minutes et réduire le feu à 350F. Cuisson selon le poids, sous un papier d'aluminium que l'on retire pour les 20 dernières minutes.

Lorsque cuit, bien envelopper dans du papier alu et laisser reposer environ 20-30 minutes. Je mets un vieil oreiller sur le plat, pour garder la chaleur. 

 

Pour la sauce: 

2 tasses de bouillon de poulet

jus d'un demi citron 

1 c. table de farine (ou plus)

sel, poivre

Retirer le gras du fond de la lèchefrite, n'en conservant qu'une c. à table environ. S'il en manque, ajouter de l'huile d'olive. Assez pour couvrir le fond. 

Mettre sur un feu doux à moyen

Ajouter la farine. Bien gratter pour incorporer les sucs et le gras. 

Ajouter le liquide et le citron. 

Saler, poivrer au goût. 

Si le plat manquait de sucs et que c'est fade, il est permis de tricher en ajoutant un peu de Bovril au poulet... mais ne le dites à personne. 

Tamiser et servir

 

En accompagnement, des pommes de terres rôties au four dans du gras de canard et du broccoli sauté à l'ail.