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L’austérité sélective

Conseil du Tresor, Martin Coiteux
SIMON CLARK / JOURNAL DE QUEBEC Martin Coiteux.

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Le gouvernement Couillard jure que les «sacrifices» qu’il impose au nom d’un déficit zéro dès l’an prochain seront partagés par tous. Or, c’est rigoureusement faux. Dans les faits, l’austérité est une faucheuse sélective.

Le gouvernement Couillard jure que les «sacrifices» qu’il impose au nom d’un déficit zéro dès l’an prochain seront partagés par tous. Or, c’est rigoureusement faux. Dans les faits, l’austérité est une faucheuse sélective.

Pendant qu’on coupe déjà dans les services directs à la population, la hache épargne une brochette de chouchous du système – tous gouvernements confondus. Un exemple parmi d’autres: les cadres non syndiqués de Loto-Québec.

La semaine dernière, Le Journal rapportait qu’ils font la belle vie à nos frais. En plus de salaires plantureux, ils croulent littéralement sous les avantages sociaux. Le tout, payé par les contribuables.

Ça lève le cœur

On parle de fonds de pension bonifiés, de soins dentaires et pour les yeux, de consultations financières, de conditionnement physique, d’allocations quotidiennes de déplacement, etc.

Pour ces postes convoités, dont plusieurs sont des nominations partisanes, on trouve même dans leur jarre à gâteries des bilans annuels de santé réalisés dans le privé. Quand des fonds publics servent à engraisser la privatisation des soins de santé, le problème éthique est spectaculaire.

Les 873 cadres de Loto-Québec n’ont pas besoin d’un petit tour au casino pour s’acheter du rêve. Les Québécois y voient sans le savoir.

En temps normal, ce serait déjà injustifiable. En pleine austérité, ça lève le cœur.

La liste des compressions dans les services publics, réelles et anticipées, est pourtant déjà longue. Même s’il arrive parfois au gouvernement de reculer lorsqu’une manchette lui fait trop mal, l’ensemble de son plan de match est intact.

La classe moyenne écopera à terme. On oublie toutefois que les mesures d’austérité combinées aux augmentations de tarifs frapperont encore plus durement les gens à faibles revenus – salariés ou non.

L’austérité sélective, c’est aussi le refus de mettre fin à l’évasion fiscale. Chaque année, elle prive pourtant les États à coups de milliards.

Ce sont aussi les offres globales présentées hier au demi-million d’employés de l’État par le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux. L’architecte en chef de l’austérité leur propose un maigre 3% d’augmentation sur cinq ans.

Dans un contexte d’austérité, son idée de faire passer l’âge de la retraite sans pénalité de 60 à 62 ans risque aussi de provoquer de nombreux départs hâtifs. Et ce, bien au-delà des bureaucrates à délester, sans tenir compte des besoins réels en services directs pour la population.

Vers un printemps 2015 ?

Pour le moment, les sondages indiquent un appui substantiel au déficit zéro et à quelques compressions connues. Dans la mesure où l’opinion publique y est conditionnée depuis des années par des discours catastrophistes, cela n’a rien d’étonnant.

Ailleurs au Canada, les gouvernements se font moins pressés, plus prudents. Au Québec, à l’opposé, le prochain budget s’annonce plus dur encore.

Après son adoption, les employés du secteur public ne seront peut-être pas les seuls à être en colère. On entend même déjà parler d’un possible «Printemps 2015».

En 2012, la hausse des frais de scolarité par Jean Charest a mobilisé des centaines de milliers de Québécois. D’ici le printemps, l’austérité du gouvernement Couillard provoquera-t-elle la même indignation?

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