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Saccage de promotion de la science : décolérer?

Economie, Jacques Daoust
SIMON CLARK / JOURNAL DE QUEBEC

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Quand vendredi dernier, jai appris que Québec saborde les expos sciences, lAgence Science-Presse et la revue Les Débrouillards, cela a dabord été lincrédulité. Mais lorsque jai su que le sous-ministre à l’Économie aurait déclaré que « la promotion de la science ne fait plus partie des priorités du gouvernement », jai carrément senti dans mon sang le poison de la colère nfaire quun tour.

Même si cette colère était tempérée, jai résisté à la tentation décrire et publier immédiatement sous son emprise. Ai plutôt twitté mon endossement complet des propos des collègues Ianick Marcil et Michel Dumais. Plutôt laisser passer la fin de semaine avant déventuellement publier ce lundi un texte au titre, hyperbolique #NonAuxCoupuresLobotomies ! Le billet le plus court et tranchant que je naurais jamais publié : 28 mots.

« Personnel »

Cette décision stupide minterpelait personnellement. Tout enfant, jai baigné dans les vulgarisations scientifiques des encyclopédies de la Jeunessedu Livre dor et scientifique ainsi que des Fernand Seguin, Marcel SicottePierre Dansereau. Adolescent, ce furent les Jean RostandRachel CarsonJacques-Yves Cousteau et compagnie ainsi que la participation à des expos science qui nen avaient probablement pas encore le nom.

Mes deux filles ont été entourées de livres de vulgarisation scientifique, dont évidemment ceux de Les Débrouillards. La fréquentation par la plus jeune de camps de jour et camps dété scientifiques la certainement amenée vers une carrière technique, dans une firme de géoingénierie environnementale dabord, puis de réseautage numérique ensuite.

À linvitation de conseillères en orientation, je me suis maintes fois rendu dans des classes échanger avec les élèves du secondaire sur la vie en centre de recherche. Il ny a même pas trois semaines, jétais encore dans une école secondaire à animer une journée de formation des enseignants sur la vulgarisation de linformatique et de ses implications sociales.

Cgouvernement ne vient-il pas pourtant tout juste de recevoir une mise en demeure de 1,2 million dun homme pour les dommages causés à sa capacité dintégrer la vie en société contemporaine parce que, malgré la loi, le ministère de lÉducation labandonné à une école hassidique où toute référence à quelque science était absente? Un recours collectif pour les mêmes motifs ne vient-il pas dêtre intenté contre lÉtat de New York par plusieurs ex-élèves hassidiques tout autant abandonnés à lignorance?

Nous sommes en plein XXIe siècle et un gouvernement ose déclarer que « la promotion de la science ne fait plus partie des priorités du gouvernement »? Comme cela ne peut-il pas représenter rien de moins quune véritable déclaration de guerre contre la jeunesse? Contre la société entière?

Après linjure, linsulte

Comme de nombreux autres, jai espéré que le ministre Daoust fasse rapidement marche arrière. Surtout quune fin de semaine où beaucoup sont pris dans la préparation des Fêtes se prête bien à un repentir discret dans les médias.

La volteface est effectivement arrivée à 17 h 12 dimanche par la voie dun bref communiqué. Trois petits paragraphes.

La lecture du titre, Le ministre Jacques Daoust maintient tel quil était le programme dappui à la culture scientifique, produisit un soulagement immédiat.

Mais lapaisement na pas survécu à la lecture du premier paragraphe « Le ministre de lÉconomie, de lInnovation et des Exportations, M. Jacques Daoust, annonce quil ne retient pas les orientations proposées par son ministère en ce qui concerne lappui aux organismes de soutien à la culture scientifique. »

Non, mais! Ce ministre nous prend-il, nous citoyens, « pour des crétins »?

Un volet entier dun programme dun ministère est aboli. Suite à une « une réorientation de la mission du programme. » Les décisions de coupures sont annoncées personnellement par le sous-ministre adjoint. Et le ministre lignorait? Le ministre ne lavait pas décidé?

Non seulement ce ministre ne sexcuse daucune manière de cette décision imbécile et destructrice (bien résumée par Helene Sarah Becotte, doctorante à Polytechnique, avec la phrase « Quand le gouvernement tue lœuf et espère voir grandir une poule »). Il fait en plus mine que son sous-ministre et ses fonctionnaires auraient agi à son insu!

Ah! Ignorance, quand tu nous tiens...

Monsieur le ministre Daoust ne sait-il pas quon sest battu ici depuis le temps du Bas et Haut Canadas pour quenfin en 1848 soit appliqué, puis maintenu, le principe de responsabilité ministérielle qui a marqué lavènement du parlementarisme et de la démocratie libérale (!) sur ces terres dAmérique? Apparemment, cest trop demandé de culture et de sens de lhonneur dun ministre en ces temps austères.

Le premier paragraphe du communiqué à peine digéré, il faut en souffrir un deuxième : « Les représentants des organisations avec qui le sous-ministre adjoint a communiqué seront rencontrés dans les prochains jours afin de revoir les scénarios de financement pour 2015-2016. »

Quon se branche! Est-ce que « Daoust maintient tel quil était le programme »? Ou est-ce quil commande une révision des « scénarios de financement » à ses fonctionnaires?

Grave décision erronée

Plusieurs ont fait un lien avec les déclarations sur les budgets de livres du ministre de l’Éducation, Yves Bolduc « Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça. » Mais ce nétait quune phrase maladroite lancée à brule-pourpoint par un politicien notoirement maladroit.

Le projet de saccage de la promotion de science auprès des jeunes et de la population est dune autre nature et autrement plus grave. Il sagissait dune décision institutionnelle, programmatique, prise par tout un appareil dÉtat et un gouvernement.

Si un Yves Bolduc a dû sexcuser pour de simples propos maladroits, un Jacques Daoust ne peut se déresponsabiliser dune décision aussi ravageuse par une vulgaire pirouette de relations publiques.

Responsabilité

Moi comme bien dautres citoyens sommes prêts à pardonner une si lourde bourde à un ministre novice.

Mais certainement pas avant que celui-ci se montre homme capable de reconnaitre son rôle et sa responsabilité dans celle-ci.

Pas avant quil fasse monte de conscience.

Pas avant quil démontre, autant par la parole que par le geste, un véritable engagement pour la culture de la jeunesse et de la population.

 

Sinon, il ne mérite plus quelque confiance que ce soit dans sa charge.