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Enseigner dans le beurre

Enseignant
Photo les archives Agence QMI

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Apprendre aujourd’hui que le gouvernement Couillard voulait augmenter le ratio maître-élèves dans chaque classe du Québec, entre la troisième année du primaire et la fin du secondaire, m’a découragée. Si j’étais encore enseignante au primaire ou au secondaire, je pense que j’irais voir ailleurs si j’y suis. 

Avec les mesures annoncées aujourd’hui, plusieurs enseignants seront tentés de remettre en question leur vie professionnelle. Présentement, le quart des nouveaux enseignants quittent la profession dans les cinq premières années de leur vie professionnelle. Ce taux de décrochage, observé du préscolaire au secondaire, s’avère deux à trois fois supérieur à la moyenne des autres professions de la fonction publique québécoise. Si enseigner était un Club Med, disons que nous ne remarquerions pas ce fort taux de décrochage chez les enseignants. Est-ce qu’augmenter le nombre d’élèves par classe, intégrer massivement les élèves en difficultés et augmenter leur nombre d’heures hebdomadaires incitera les jeunes à choisir l’enseignement ? Laissez-moi en douter. Enseigner n’est pas facile. Enseigner est prenant. Que fait-on pour améliorer la condition des enseignants ? Et par le fait même, la qualité de l’enseignement reçu par nos enfants ? Sweet fuck all.

Enseignant à la formation générale des adultes, j’ai douze étudiants dans ma classe. Oui, oui, seulement douze. Tous allophones, en grand retard scolaire et dans la majorité des cas, sous-scolarisés. Mes élèves ont besoin de moi. Pourrais-je en avoir 30 ? Non, évidemment, ce serait impossible, ce serait comme enseigner dans le beurre. Pourtant, c’est ce à quoi le gouvernement semble nous destiner pour les prochains mois.

Les élèves à besoins particuliers – quels qu’ils soient — ont besoin de support constant. Pourtant, on parlait aujourd’hui d’intégrer davantage les élèves EHDAA en classe régulière et qu’ils compteraient maintenant comme des élèves réguliers. Présentement, des enseignants ont des classes qui contiennent 18 étudiants, mais qui en valent 27 puisque plusieurs cas sont lourds.

L’intégration des élèves à tout prix est un dossier qui frôle le ridicule : on se couvre de vertu en disant qu’on veut « intégrer tous les enfants », mais la réalité, c’est que les enfants EHDAA ont besoin d’un soutien particulier, d’un enseignant en adaptation scolaire, spécialisé dans l’enseignement à cette clientèle et d’un petit groupe classe.

De plus, on oublie souvent dans ces débats les élèves doués, — ou même les élèves normaux ! — la réalité, c’est qu’ils peuvent stagner lorsque leur enseignant gère les cas lourds qui sont intégrés dans leur classe au nom de la sacro-sainte égalité des chances, qui, au final, ne favorise personne. Ensuite, on se questionne (sérieusement ?) sur les raisons qui poussent les parents à investir dans l’éducation privée. Il ne faut pas chercher très loin...

Le gouvernement souhaite aussi augmenter la semaine de travail d'un enseignant à l'école de 32 à 35 heures par semaine. Sérieusement. Connaissez-vous un enseignant qui ne travaille que 32 heures par semaine ? J’enseigne depuis 7 ans et je n’en ai jamais vu. Je vois plutôt des profs qui planifient des classes en soirée, la nuit ou encore la fin de semaine. Je vois l’une de mes meilleures amies passer ses soirées à corriger et des collègues planifier leur classe du lundi le dimanche après-midi. Le mythe de l’enseignant qui se tourne les pouces est loufoque et témoigne d’une méconnaissance totale de la réalité terrain des enseignants et de nos écoles. Certains devraient sortir de leur ministère et venir en stage d’observation quelques jours dans nos classes. Ils auraient peut-être des surprises...

 

Je publierai en février un essai portant sur l'éducation "Péril scolaire" j'ai l'impression que ce sera malheureusement d'actualité...