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Québec sauverait 100 M$ par année, mais ne le fait pas

Alors que le gouvernement cherche de l’argent, il en laisse des millions de côté inutilement, selon un rapport confientiel

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Photo Rainier Ehrhardt «Le gouvernement cache l’information de ces études parce que cela montrerait l’inefficience d’organisations qui transforment en déficit tout ce qu’elle touche. Made in Québec en informatique veut souvent dire 10 ans plus tard, 3 fois plus cher.  On est une société distincte à ce niveau et cela a de plus en plus une apparence de mauvaise foi». - Source confidentielle qui travaille en haut lieu dans le domaine informatique au gouvernement.

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Un rapport non dévoilé mais obtenu par notre Bureau d’enquête conclut que le Québec passe à côté d’une économie d’au moins 100 millions de dollars par année en raison de sa mauvaise gestion en informatique.

Un rapport non dévoilé, mais obtenu par notre Bureau d’enquête, conclut que le Québec passe à côté d’une économie d’au moins 100 millions $ par année en raison de sa mauvaise gestion en informatique.

Alors que le gouvernement sabre dans des services et augmente des tarifs, il pourrait réaliser ces économies tout simplement en regroupant ses centres de serveurs informatiques, comme les gouvernements ailleurs l’ont déjà fait.

Le gouvernement est bien au courant de la question, car c’est lui qui a commandé ce rapport de 90 pages à la firme Ernst & Young, jamais rendu public.

Notre Bureau d’enquête s’est même fait refuser le droit d’en prendre connaissance. Le service d’accès à l’information du Secrétariat du Conseil du trésor a refusé de nous en soumettre une seule ligne, allégant le «secret industriel» de l’organisme public. Nous avons finalement pu mettre la main sur ce document via une source confidentielle.

Beaucoup d’argent

À sa lecture, il est difficile de s’expliquer pourquoi l’accès au rapport nous a totalement été refusé.

Au-delà des quelques secrets industriels, celui-ci expose surtout que le Québec est en retard par rapport aux autres provinces canadiennes et que l’inertie gouvernementale en informatique coûte très cher aux contribuables québécois.

Pour simplifier, le Québec dispose de 457 centres de traitement informatique (CTI). C’est-à-dire des salles de serveurs informatiques dans lesquelles sont stockées les données de tous les ministères et organismes publics.

Le Québec, l’inverse du modèle

De nos jours, il est possible de stocker beaucoup plus de données dans beaucoup moins d’espace.

Ainsi, partout à travers le monde, les gouvernements consolident leurs CTI : ils les regroupent dans quelques centres. L’économie en bout de piste est gigantesque, que ce soit en entretien, électricité, coût pour l’espace et main d’œuvre.

• Le Canada est passé de 800 CTI à 7.

• L’Ontario: de 300 à 2.

• La Colombie-Britannique: de 100 à 2.

• Mais au Québec...rien n’a été fait et les millions de dollars d’économie s’envolent jour après jour sans que les contribuables en entendent parler.

100 M$ de moins par année

Le rapport indique que le Québec devrait réduire ses plus grands CTI (100 serveurs et plus) de 51 à 2. Pour les CTI de moins de 100 serveurs, de 406 à 150.

Conserver les 457 CTI, dont plusieurs sont devenus très dispendieux inutilement, coûte plus de 200 millions $ par année présentement.

En regroupant les CTI, le Québec économisera plus de 100 millions $, par année, d’ici quatre ans, montre le rapport.

À l’étude, répond le gouvernenement

Le rapport a été remis au gouvernement, en mai dernier. Il recommandait de préparer dès cet été un appel d’offres et entamer une évaluation des CTI.

Le dossier a peu avancé, selon nos informations. Depuis le 2010, le gouvernement a tenté à trois reprises de lancer le dossier, mais il tombe à chaque fois rapidement dans les oubliettes.

Les relations médias du Secrétariat du Conseil du trésor (SCT) ont réagi très brièvement, soulignant que les recommandations du rapport «sont présentement à l’étude».

«Selon l’étude, il pourrait être possible de dégager des économies à terme après avoir réalisé des investissements considérables», mentionne le SCT.


Québec se prive de M$

Le rapport expose que les économies seront de plus en plus importantes, à chaque année, si le Québec cesse de se traîner les pieds. Les économies estimées pour les cinq premières années sont présentée et tout indique que les économies par la suite seraient évidemment encore plus importantes.

• 1ère année 8 M$
• 2e année 30 M$
• 3e année 77 M$
• 4e année 103 M$
• 5e année 106 M$

* Source, Rapport Ernst & Young pour le Secrétariat du Conseil du trésor, mai 2014