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Québec épargnerait 100 M$ par année, mais ne le fait pas

Alors que le gouvernement cherche de l’argent, il en laisse des millions de côté inutilement, selon un rapport confidentiel

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Un rapport non dévoilé, mais obtenu par notre Bureau d’enquête conclut que le Québec passe à côté d’une économie d’au moins 100 millions $ par année en raison de sa mauvaise gestion en informatique.

Alors que le gouvernement sabre les services et augmente des tarifs, il pourrait réaliser ces économies tout simplement en regroupant ses centres de serveurs informatiques, comme les gouvernements ailleurs l’ont déjà fait.

Québec est bien au courant de la question, car c’est elle qui a commandé ce rapport de 90 pages à la firme Ernst & Young, jamais rendu public.

Notre Bureau d’enquête s’est même fait refuser le droit d’en prendre connaissance. Le service d’accès à l’information du Secrétariat du Conseil du trésor a refusé de nous en soumettre une seule ligne, alléguant le «secret industriel» de l’organisme public. Nous avons finalement pu mettre la main sur ce document en passant par une source confidentielle.

Beaucoup d’argent

À sa lecture, il est difficile de s’expliquer pourquoi l’accès au rapport nous a totalement été refusé.

Au-delà des quelques secrets industriels, celui-ci expose surtout que le Québec est en retard par rapport aux autres provinces canadiennes et que l’inertie gouvernementale en informatique coûte très cher aux contribuables québécois.

Pour simplifier, le Québec dispose de 457 centres de traitement informatique (CTI), c’est-à-dire des salles de serveurs informatiques dans lesquelles sont stockées les données de tous les ministères et organismes publics.

L’inverse du modèle

De nos jours, il est possible de stocker beaucoup plus de données dans beaucoup moins d’espace.

Ainsi, partout à travers le monde, les gouvernements consolident leurs CTI: ils les regroupent dans quelques centres. L’économie en bout de piste est gigantesque, que ce soit en entretien, électricité, coût pour l’espace et main-d’œuvre.

- Le Canada est passé de 800 CTI à 7.
- L’Ontario: de 300 à 2.
- La Colombie-Britannique: de 100 à 2.
- Mais au Québec... rien n’a été fait, et les millions de dollars d’économie s’envolent jour après jour sans que les contribuables en entendent parler.

100 M$ par année

Le rapport indique que le Québec devrait réduire ses plus grands CTI (100 serveurs et plus) de 51 à 2. Pour les CTI de moins de 100 serveurs, de 406 à 150.

Conserver les 457 CTI, dont plusieurs sont devenus très onéreux inutilement, coûte plus de 200 M$ par année présentement. En regroupant les CTI, le Québec économiserait plus de 100 M$ par année, après quatre ans, montre le rapport.

Le rapport a été remis au gouvernement en mai dernier. Il recommandait de préparer dès cet été un appel d’offres et d’entamer une évaluation des CTI.

Le dossier a peu avancé, selon nos informations. Depuis 2010, le gouvernement a tenté à trois reprises de lancer le dossier, mais il tombe chaque fois rapidement dans les oubliettes.

Les relations médias du Secrétariat du Conseil du trésor (SCT) soulignent que les recommandations du rapport «sont présentement à l’étude».

Pour sa part, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, qualifie d’«intéressante» l’étude. Il souligne qu’il devra y avoir des investissements au départ.

«Il va demander au Dirigeant principal de l’information de considérer ce projet dans le plan de transformation» en informatique «pour les étapes à plus long terme», nous a fait savoir son attachée de presse.


Les économies estimées pour les cinq premières années sont présentées dans le rapport et tout indique que celles-ci, par la suite, seraient évidemment encore plus importantes, si le Québec cesse de se traîner les pieds.

1re année  8 M$
2e année  30 M$
3e année 77 M$
4e année 103 M$
5e année 106 M$

* Source, Rapport Ernst & Young pour le Secrétariat du Conseil du trésor, mai 2014