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Tableau de bord (du bordel) informatique à Québec

Tableau de bord (du bordel) informatique à Québec

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Le « Tableau de bord sur l’état de santé des projets en ressources informationnelles du gouvernement du Québec » semble ne servir que d’écran de fumée au bordel informatique. À quoi ressemblerait un véritable tableau de bord destiné à la population qui paie la note et est censée en être la bénéficiaire?

Jean-Nicolas Blanchet nous signale que « discrètement, le gouvernement du Québec a relancé mercredi soir son controversé Tableau de bord des projets informatiques » de 100 000 $ ou plus.

« L’état de santé des projets » est résumé par seulement deux indicateurs : cout et échéancier. L’indicateur de cout mesure l’écart par rapport au budget autorisé. L’indicateur d’échéancier, l’écart par rapport à la date fixée pour la fin du projet.

On est censé retrouver aussi dans ce tableau des informations par rapport « aux risques et aux enjeux du projet. » Cependant, la plupart des fiches de projet n’en font aucune mention.

Dans le passé, le Bureau d’enquête du Journal a constaté le cas plusieurs projets avec indicateurs au vert aurait dû être plutôt au rouge, car « en réalité, les coûts et les échéanciers de ces chantiers étaient en explosion. C’est pourquoi plusieurs de nos sources dénonçaient des “interprétations qui tendaient à améliorer le profil de certains projets informatiques”. »

Que ce tableau de bord soit surnommé le tableau de blagues ne surprend donc pas.

Tableau de bord pour qui?

Le site du Tableau de bord explique « À qui s’adresse l’état de santé des projets? »

On s’attendrait à ce que la réponse mentionne des citoyens qui paient ces projets et en seront collectivement les bénéficiaires. On s’attendrait que cette réponse parle aussi d’équiper les députés qui représentent ces citoyens, vote les lois dont l’application requiert le recours à l’informatique, vote les crédits du gouvernement, surveille l’action gouvernementale et assure sa reddition de comptes.

Eh bien non. Ce tableau de bord servirait plutôt les technocrates : il « permet aux organismes publics de présenter au grand public, en toute transparence, l’état de situation des projets. »

Outil de relations publiques. Tout enveloppé de « transparence » enfumée comme il se doit.

Pour un véritable tableau de bord

En gestion de projet, un tableau de bord regroupe les indicateurs indispensables pour en suivre l’évolution et, éventuellement, prendre rapidement les mesures nécessaires pour redresser toute situation menaçant l’atteinte des objectifs.

Or en matière d’informatique, des indicateurs de couts et d’échéancier sont nettement insuffisants (même lorsqu’ils reflètent la réalité). En effet, trop de systèmes informatiques complétés se révèlent, à l’usage, inadéquats ou dysfonctionnels. Cela s’explique. Par exemple, le Vérificateur général du Québec a observé qu’une majorité des projets informatiques qu’il avait vérifiés n’avait réalisé aucune étude de besoins. Et que si une étude de besoins avait été réalisée, celle-ci était souvent erronée.

Pour tirer leçon de ces constats, le tableau de bord devrait donc comprendre :

·       un premier indicateur sur le fait qu’une étude de besoin a bel et bien été effectuée ;

·       un second indicateur sur le fait que cette étude de besoin a été validée par ses futurs usagers (les fonctionnaires qui donnent véritablement le service ainsi que les citoyens ou entreprises qui, de plus en plus, utilisent directement le système informatique); et

·       un troisième indicateur sur le fait que cette étude de besoin a aussi été validée par les citoyens ou entreprises concernés, mais non-usagers directs du système (exigence similaire à celle qu’on retrouve dans plusieurs lois états-uniennes).

Un véritable tableau de bord devrait aussi comprendre des indicateurs liés à l’identification des risques et des enjeux du projet (plutôt qu’un simple vœu comme dans celui existant). Un véritable tableau de bord devrait comprendre tous les indicateurs liés à toutes les dimensions et phases critiques du succès d’un projet informatique.

Avec un véritable tableau de bord, devient possible une réelle transparence.

Avec un véritable tableau de bord, devient possible l’imputabilité en temps utile pour éviter les trop grands dérapages et gaspillages. C’est trop tard que de contrôler après le constat que le système informatique est un échec ou que son cout a été multiplié par dix.

 

Avec un véritable tableau de bord, devient possible une maitrise sociale et démocratique de l’informatisation.