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Noël en solo...

Noël en solo...
Illustration Johanna Reynaud

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«Non, ce n’est pas Noël! Non, ce n’est pas Noël!»

«Non, ce n’est pas Noël! Non, ce n’est pas Noël!»

C’est comme ça que je raisonne en ce 25 décembre, que je passe en tête-à-tête avec mon chat Geek... et ma page blanche.

Noël, c’était hier. Et j’ai fêté avec ma famille comme il se doit. Aujourd’hui, c’est une journée comme les autres et je travaille sur mon manuscrit qui avance à pas de tortue.

Et non, ce n’est pas vrai que Collègue Sanguinolent est en train de manger de la dinde et de la tourtière avec sa blonde et Bébé Sanguinolent. C’est ce que je me dis, même si je sais très bien qu’il fait le party avec les siens. Mais comme ça fait trop mal de me l’avouer, je préfère croire que tout comme moi, il planche sur son roman.

Je l’imagine se casser les méninges devant son ordinateur, seul dans son bureau, au sous-sol de la maison qu’il habite et devant laquelle je suis passée plusieurs fois. D’accord, j’ignore si c’est dans cette pièce qu’il bosse, mais pour moi ça a du sens. Des histoires d’horreur, ça s’écrit dans une cave. Préférablement sombre, humide et sinistre.

Le lieu de création d’un écrivain doit refléter son œuvre. Chez moi, c’est un environnement de fille. De fifille, même! Des rideaux en pompons roses, un Récamier fleuri vert tendre et mille et une bébelles qui traînent sur mon bureau laqué blanc. Des objets colorés et loufoques...comme les histoires que je raconte dans mes livres. Je ne suis pas certaine que mon amant y trouverait de l’inspiration. Mais moi, ça me convient parfaitement.

Dans le rouge

Pour oublier ma solitude, je me suis donc mise au boulot. C’est la meilleure façon de penser à autre chose... Toutefois, ça fonctionnerait mieux si j’arrivais à vraiment travailler. Depuis deux heures que je couche des mots sur papier pour aussitôt les effacer et recommencer. Et ainsi de suite jusqu’à être dans le rouge.

Ça, c’est la catastrophe. Ça veut dire que j’ai un nombre moins élevé de mots écrits que lorsque j’ai commencé ma séance. Je suis retournée en arrière pour éliminer des passages. Je suis MOINS mille mots! Oh my God! À ce rythme, je n’arriverai jamais à livrer mon manuscrit à temps. Tout ce que je rédige est pourri. Complètement pourri!

Et quand j’écris mal, ça affecte mon moral. Les phrases boiteuses se transforment rapidement en paragraphes nuls. Ensuite, ils deviennent des pages désastreuses et des chapitres à abolir. Finalement, c’est tout le manuscrit qui est médiocre.

Il ne m’en faut pas plus pour me considérer comme une romancière finie, qui n’a plus aucun talent.

Assez! Ce n’est pas parce que c’est supposément Noël, que je suis seule devant mon ordi, que j’écris de la merde et que je n’ai plus une bouteille de vin dans mon appart que je dois broyer du noir. Oh que non!

Je laisse tomber ma rédaction pour me réfugier dans un bon livre. C’est le meilleur remède contre l’ennui. Sauf quand c’est le bouquin de celui avec qui on aimerait être en ce moment. Mauvais choix! Je mets de côté mon roman policier et je me rabats sur une BD que je connais par cœur tellement je l’ai lue et relue... Là non plus, ça ne donne pas l’effet escompté.

Je n’arrive pas à chasser cette tristesse qui m’accable depuis mon réveil. J’ai choisi un métier solitaire, pourquoi donc suis-je tombée amoureuse d’un homme qui n’est pas là? Ça fait trop, beaucoup trop de solitude.

À moi 2015

Ça doit changer! L’année 2015 sera différente, parole de Romancière angoissée. Et puisque je ne peux pas changer de travail, je vais changer de compagnon. Voilà tout! Fini les longues soirées à attendre qu’il se passe quelque chose dans ma vie. Dorénavant, je serai proactive.

Et pas question que je passe les prochaines heures à me morfondre. J’ouvre ma page Facebook professionnelle et je lance un appel à mes lectrices: «Qui n’a pas de compagnie ce soir? On se fait un petit party virtuel?»

En quelques secondes, plusieurs internautes se manifestent. Celle qui vient de se séparer et dont les enfants sont chez leur père. Cette infirmière qui a terminé son double chiffre à l’hôpital et qui n’a pas l’énergie pour rouler deux heures pour se rendre chez ses parents. Ce célibataire (ouiiiii, un lecteur) rejeté par sa famille pour une stupide chicane avec sa sœur. Des âmes esseulées avec qui j’ai envie de partager mon Noël.

Je passe la soirée à échanger virtuellement avec ces gens que j’apprends à connaître et qui me redonnent le sourire. C’est un beau Noël finalement. Peut-être pas le plus heureux de ma vie, mais le plus réconfortant. Avec mes lectrices et mes lecteurs, je ne suis jamais seule. Ils ne m’abandonneront jamais, eux!