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2014 Québec: Bordel informatique et équilibre budgétaire

2014 Québec: Bordel informatique et équilibre budgétaire

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Au Québec numérique, une histoire marquante de 2014 est la série des révélations sur le bordel informatique du gouvernement. Révélations, car il nous a fallu demandes daccès ou fuites d’information pour savoir. Marquante, car les gaspillages ne sont pas seulement immenses, ils prennent une signification politique dans le débat sur léquilibre budgétaire.

« Jean-Nicolas Blanchet du Journal de Québec est sans doute le journaliste qui suit de plus près le secteur de l’informatique gouvernementale au Québec » nous rappelle Stéphane Couturechercheur associé à l'IRIS et en communication à McGill. « Son dossier Le bordel informatique a mis plus d’une fois de l’avant les problèmes de ce secteur. »

« L’opacité est en effet un véritable problème en matière de dépenses informatiques », selon Couture. « Si les coûts des systèmes informatiques au gouvernement du Québec sont évalués à environ 3 milliards $, le portrait exact reste cependant impossible à déterminer, de l’aveu même de l’ancien dirigeant principal de l’information (le principal responsable de l’informatique au sein du gouvernement du Québec). »

Encore vendredi dernier, le journaliste Blanchet révélait les conclusions dun rapport commandé à la firme Ernst & Young. Le gouvernement refuse laccès au rapport, mais il a fait lobjet dune fuite. Québec opère quelque 457 centres de traitement (salles de serveurs informatiques). Le rapport conclut que si la province en réduisait drastiquement le nombre, elle économiserait plus de 100 millions $ par année. Mais « le dossier a peu avancé » selon les informations obtenues.

Dans un texte intitulé « Austérité et bordel informatique » et deux tableaux parlants, le chercheur Stéphane Couture résume dautres révélations faites ce mois-ci par Blanchet et par lassociation FACIL (FACIL, pour lappropriation collective de linformatique libre). Il vaut la peine den reprendre des extraits ici.

Plus d'argent en consultants qu'en fonctionnaires

« Le 3 décembre dernier, le journaliste faisait état des résultats d’une demande d’accès à l’information qu’il a réalisée, constatant que les consultant.e.s privés en informatique étaient presque aussi nombreux et nombreuses que les fonctionnaires au sein du gouvernement du Québec, ce qui entraine des coûts importants pour l’administration publique. Blanchet notait par exemple qu’au sein du Centre des Services Partagés du Québec (organisme dont la mission est d’offrir des services aux organismes publics), le budget octroyé aux 324 consultant.e.s privés est plus élevé que celui consacré aux fonctionnaires, pourtant trois fois plus nombreux et nombreuses! » Il résume par ce tableau :

 

Nombres et couts de personnel
2014 Québec: Bordel informatique et équilibre budgétaire

« Ces constats font écho à une étude de l’IRIS sur la sous-traitance, dans laquelle les auteur.e.s montraient aussi l’ampleur du phénomène dans le secteur de l’informatique gouvernementale. Sans établir de liens de causalité, l’IRIS notait que les dépassements de coûts et d’échéanciers étaient très fréquents dans tous les cas de sous-traitance qu’ils avaient étudiés, et que ceux-ci apportaient leur lot de désaccords, d’incompréhensions, voire même de poursuites judiciaires. L’étude concluait également que la sous-traitance dans le secteur informatique renforce l’opacité et mine la reddition de comptes. »

De plus en plus, on déplore en effet la perte d’expertise au sein des organismes publics ainsi que les couts supplémentaires qui découlent d'une trop grande sous-traitance en informatique.

Perte couteuse de contrôle des projets

Ensuite Couture revient sur les conclusions de la phase 2 d’une « méga demande d’information » réalisée par FACIL. Depuis 2011, la Loi sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles des organismes publics et des entreprises du gouvernement exige des organismes publics quils publient les bilans de leurs dépenses informatiques. « Or, plusieurs organismes (notamment les institutions d’enseignement) ont répondu n’avoir pas produit un tel document, tandis que les informations restaient particulièrement fragmentaires dans bien d’autres cas. » Couture produit un tableau synthèse (en ouverture du présent texte) de quelques-uns des cas (connus) de mauvaise gestion de projets recensés par le FACIL.

Et après?

2014année de révélations, est aussi celle de la démonstration criante de la nécessité d’entreprendre une sérieuse rationalisation des 3 milliards $ dépensés annuellement en informatique par Québec.

« Face à ce bordel informatique, l’indignation se fait de plus en plus entendre, autant à droite qu’à gauche », constate comme nous tous, Couture. Avant même les nombreuses révélations accablantes des dernières semaines, « la CAQ et Québec Solidaire ont demandé une enquête publique sur les contrats informatiques, demande qui a évidemment été rejetée. Le député caquiste notait d’ailleurs en préambule que le dépassement de coûts d’un projet informatique particulier (le projet RENIR) équivalait à lui seul à deux fois et demie les coupures imposées aux municipalités! »

 

Quelle est la suite à cette histoire que 2015 nous pourrait-il nous réserver? Jy reviendrai la semaine prochaine.

 

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