/lifestyle/columnists
Navigation

Une souris pour Noël

Illustration Christine Lemus
Illustration Christine Lemus

Coup d'oeil sur cet article

C’est fou le nombre de souvenirs des Fêtes qu’on accumule avec le temps. Les cadeaux découverts avant le grand jour; les personnes aimées disparues depuis; les tempêtes de neige ou de tempérament; la fatigue et le dur apprentissage que le chocolat aussi peut provoquer des crises de foie.

C’est fou le nombre de souvenirs des Fêtes qu’on accumule avec le temps. Les cadeaux découverts avant le grand jour; les personnes aimées disparues depuis; les tempêtes de neige ou de tempérament; la fatigue et le dur apprentissage que le chocolat aussi peut provoquer des crises de foie.

Mais il y a des souvenirs plus insignifiants qui, on ne sait trop pourquoi, sont restés dans notre mémoire. Par exemple, celui du Noël de mes 10 ans.

Avant ça, j’allais au réveillon avec des robes que ma mère confectionnait. Idéalement, c’étaient des robes de princesse avec des tissus satinés, beaucoup de froufrous et une boucle assortie dans les cheveux. Mais j’étais devenue grande déjà, aussi grande que maintenant. J’avais encore plein de princesses dans ma tête, mais je sortais à grandes brasses de l’enfance et mon corps jurait un peu dans des robes à volant.

Choisir comment habiller ce corps changeant n’avait pas été simple et voilà que je n’avais rien à me mettre aux pieds. Quand ma mère a suggéré que je porte ses bottes en cuir, je me suis précipitée d’excitation dans la chambre froide, là où elle gardait les vêtements qu’on ne portait presque jamais.

J’ai mis mon pied droit dans la botte.

Elle m’allait parfaitement!

C’était comme Cendrillon, mais à l’envers: pas de chaussure fine à la recherche d’un pied fin, mais une botte de dame à la recherche du pied d’une fillette devenue grande. J’étais éblouie devant le pied, la cheville, le mollet que ça me faisait. On aurait dit une femme!

Je m’imaginais la réaction des oncles, des tantes, des grands-parents qui seraient bien obligés d’admettre avec moi que je n’étais plus une enfant (à condition, bien sûr, que je reçoive encore tous les cadeaux!).

Une surprise désagréable

Sauf qu’en glissant mon pied gauche, quelque chose obstruait la parfaite entente corps et cuir. J’ai pensé à une chaussette oubliée au fond ou à ce papier de soie pris en tapon qu’on oublie parfois dans les chaussures neuves. Mais quand ma main plongée dans la botte en est ressortie, je tenais le cadavre frigorifié d’une souris, sans doute morte là en tentant de se réchauffer.

J’ai crié. J’ai pleuré. J’ai fait une crise. Une fois au réveillon, personne n’a remarqué mon mollet de femme devenue, mais tout le monde a parlé de la souris.

J’ai eu le sentiment bizarre que Noël m’avait volé l’âge adulte juste après me l’avoir laissé sous le sapin. Je n’ai pas compris que bien peu de gens auraient réagi différemment: mortes ou vivantes, les souris font parfois crier les grands comme les enfants.

Je ne savais pas encore que l’âge adulte ne règle pas toutes les intempéries.

Souvenirs

Finalement, ce souvenir est peut-être moins idiot qu’il n’y paraît. Comme le font souvent les souvenirs des Fêtes, il parle du temps qui passe et personne, jamais, ne trouve que le temps passe à une vitesse idéale. Il est toujours trop rapide ou trop lent.

La morale, c’est que l’urgence de devenir grand est bien souvent remplacée par la mélancolie d’avoir été petit et que nous avons bien du mal à être où nous sommes, simplement.