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À écouter religieusement

Trio Mediaeval
Pour Chronique disques Beauchesne
Photo courtoisie

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Il y a plusieurs décennies, Manfred Eicher fondait l’étiquette ECM ( signifiant: Edition of Contemporary Music), au grand plaisir des mélomanes. D’abord pour le son. Sa devise: «The Most Beautiful Sound Next To Silence».

Parole tenue. ECM a inauguré ce qui est devenu par la suite une norme: l’ambiance, les textures et les atmosphères, avec un dosage subtil de prise de son d’une limpidité inégalée doublée d’une dose fine d’écho mécanique et artisanal.

ECM a d’abord orienté ses réalisations du côté des plus avant-gardistes des musiciens de jazz, à la frontière du rock progressif (Pat Metheny, Eberhard Weber), du post-Miles (Dave Holland, Jack De Johnette), des musiques du monde (Stephan Micus), des solistes de concert tels Keith Jarrett, Ralph Towner, progressivement des compositeurs tels Steve Reich ou Arvo Par ainsi que des ensembles vocaux tels le Hilliard ou le Trio Mediaeval.

Pour les Fêtes, le Trio Mediaeval, trois chanteuses norvégiennes, dont le chant est décrit par le Boston Globe comme «a sound of extraordinary and consoling beauty», offrent un magnifique répertoire de chants religieux du 12e siècle norvégien et italien à des airs de Noël élizabéthains.

Trio Mediaeval (4/5)
Aquilonis
ECM
Aquilonis

On rajoute à l’interprétation sans faille, la prise de son et cet écho qui donne une densité, même au silence.

Le catalogue ECM est vaste; votre disquaire Archambault et la compagnie Universal offrent une promotion impensable pour l’époque où les importations allemandes ou japonaises valaient beaucoup plus qu’un plein d’essence; deux CD pour 20 $ ou plusieurs à 12,50 $. Une offre qui ne se refuse pas pour des oreilles curieuses. Pour un label qui disparaîtra probablement avec son fondateur.


Lumen Drones (4/5)
Lumen Dronesm
ECM
Lumen Dronesm

Depuis des décennies, ECM a inclus dans son catalogue des musiques inspirées des traditions musicales des pays nordiques, arctiques et baltes d’Europe et de Russie.

Bien sûr, ces musiques sont avant-gardistes et le producteur s’est imposé un Mur, le dark metal. Lumen Drones est un groupe norvégien de post-rock, avec le joueur de hardanger (violon à huit ou neuf cordes, standard et résonnance sympathique) Nils Okland doublé d’un guitariste et batteur membres du groupe The Low Frequency In Stereo.

Huit titres, une cinquantaine de minutes, des influences des Doors, Sonic Youth, Durutti Column, Velvet Underground, sur de longs effets de bourdon, des structures modales ou répétitives, des crescendo et decrescendo, du bruit... de toutes les couleurs. Pour les amateurs de cette magie nordique qui habite Le trône de fer et dans un autre univers, le post-rock de Godspeed You Black Emperor.

Keith Jarrett (4,5/5)
Hamburg 1972
ECM
Hamburg 1972

Ce CD est son premier à titre de soliste sur ECM. Deux ans plus tôt, il avait collaboré de manière remarquable avec Ralph Towner. Il a ici la chance et le privilège de travailler avec une section rythmique de rêve, Larry Grenadier à à la batterie. Il est un formidable guitariste, à la fois électrique et acoustique. Il est féru d’harmonies et d’improvisations complexes, capable de dialoguer de manière brillante.

À titre de comparaison, son jeu et son attitude peuvent évoquer à la fois tous les maîtres de la génération précédente. Né en 1965, il incarne cette relève. Les compositions et l’interprétation donnent beaucoup de place aux textures et au paysage sonore propre au label.

D’entrée de jeu, l’instrumentale en ouverture (dédiée à Joe Zawinul), Joseph donne le ton. Cambiata évoque Abercrombie ; High Line, John Scofield ; Mme Vonn, Towner et Bossa for Michael Brecker, Pat Metheny. Néanmoins les fans de guitare pourront entendre une synthèse différente, une sensibilité particulière et européenne dans le ton et la finesse. Pour les fans d’ECM et du jazz progressif.

Wolfgang Muthspiel (4/5)
Driftwood
ECM
Driftwood

En fouillant dans ses archives, Manfred Eicher a retrouvé et remixé ce concert avec le trio régulier avec lequel il évoluait depuis cinq ans, Charlie Haden à la contrebasse et Paul Motian à la batterie. Moment unique et magique qui restera gravé à jamais dans l’histoire du jazz et de la musique improvisée. Jarrett y est au sommet. Il fait montre de virtuosité et de risque n’hésitant pas une seconde à se lancer dans des tirades souvent agressives et défiées seulement par la basse et surtout la batterie qui l’anticipent, parfois allant même jusqu’à le défier en lui barrant la route. Au total, six titres d’une moyenne de 10 minutes chacune. Rainbow, Take Me Back, Life, Dance sont de la mouture du Jarrett pianiste que l’on connaît. Piece for Ornette fixe le point de rupture qu’il a franchi, d’avec ses anciens employeurs, Miles Davis et Charles Lloyd. Mais la pièce de résistance est une version de 15 minutes de Song For Che. Il y joue de la flûte indienne, du saxophone soprano, dans une ambiance envoûtée, sur un roulis constant de percussions et d’arpèges au piano, et montre à la fois son respect pour Coltrane mais aussi pour le rock qu’il a toujours voulu occulter.