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Musicien brillant

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Michael D’Angelo Archer est né en 1974 en Virginie, dans une famille de pasteurs. Mais c’est New York qui inspirera son enfance, baignée dans la musique soul et le r&b... plutôt que dans l’eau bénite.

Après une brève incursion dans le hip-hop, il exerce ses talents de claviériste, compositeur, arrangeur et réalisateur en squattant tous les studios fréquentés par les pionniers et les pionnières de la musique «nu soul». Il peaufine d’ailleurs le genre en retournant aux sources: du Smokey Robinson mêlé à un soupçon de psychédélisme à la Sly and The Family Stone, du Curtis Mayfield, Stevie Wonder et l’iconoclastie de Prince.

Il innove en créant une forme de groove épais comme de la mélasse, une combinaison de claviers tout en textures, de percussions en assaisonnements sonores, de cuivres qui digèrent comme des reptiles les mélodies, bribe par bribe, et surtout cette décélération constante du tempo presque analgésique.

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Les critiques baptiseront ce genre de «retro soul». D’Angelo s’impose lentement, mais sûrement, parallèlement à Erykah Badu, Maxwell, Angie Stone et Lauryn Hill. Son premier CD, Brown Sugar, en 1995, fait sensation, et Voodoo, en 2000, en est la consécration. Puis, plus rien... une descente aux enfers.

Pressé par Questlove, batteur et leader de Roots, il orchestre son retour avec Black Messiah. Cet album est d’une grande cohésion: une douzaine de chansons peaufinées avec un sens du détail remarquable, particulièrement dans le travail de Jesse Johnson aux guitares (guitares électriques, classique, guitare-sitar, etc.) et des chœurs qui dialoguent avec le soliste, un peu à la manière du théâtre antique.

Raffiné, cultivé, mais sans prétention. Pour les mélomanes, son talent à synthétiser n’est pas sans rappeler Shuggie Otis.

Pour en juger, écoutez en poste d’écoute 1000 Deaths, une pièce politique avec une harangue à la Last Poets, ou l’ineffable Really Love sur les vertiges de l’amour post-2001. Brillant et acclamé.


 

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Thompson | (4.5/5)

Family Concord

On parle plus des Wainwright-McGarrigle, de Cash et de Dylan comme étant des dynasties musicales que des Thompson, soit Richard et Linda Thompson. Richard Thompson est un des grands guitaristes et paroliers de l’histoire du rock. Fondateur de Fairport Convention, il a connu une carrière solo de plus de 40 ans, avec un talent de parolier produisant des descriptions plutôt acides des relations personnelles et de couple, un style et un son immédiatement reconnaissables (One Life at a Time), qui ont influencé de nombreux guitaristes de la scène alternative. Linda, son ex-femme, a par ailleurs aidé à fixer définitivement le type de voix (Bonny Boys) et le genre d’interprétation du folk rock britannique. De nombreux membres de la famille se joignent à l’entreprise et y vont de deux compositions. L’unité de ton, la sincérité, la fausse candeur de Richard Thompson et la signature, tout y est. Excellent.

 

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Mark Lanegan | (4/5)

Phantom Radio Vagrant

Un timbre immédiatement reconnaissable, fermenté par le whisky et le tabac, éraillé et râpeux sans être caverneux, une voix capable d’exprimer la fragilité de la condition humaine et poignante dans les trémolos, aussi imprécis que chancelants. Trempé dans le blues, mais aux accents psychédéliques (Judgement Time), les compositions, l’instrumentation et les textures électroniques de son alter ego Alain Johannes donnent à penser à un mélange esthétique de garage américain et de post-punk britannique à la Joy Division. Son interprétation colle à merveille aux compositions, qui nous font le plaisir de ne pas se répéter, malgré une grande unité de ton d’un bout à l’autre. Toujours intéressé par le côté sombre des choses, avec de nombreuses références bibliques, il suit de plus en plus la voie poétique et symbolique empruntée par Jim Morrison, lui-même fortement influencé par Baudelaire. On retrouve du spleen, de l’horreur, de l’exotisme. De toute beauté.

 

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Joe Cocker | (4/5)

Mad Dogs and Englishmen A&M

Un mot pour rappeler l’importance qu’a eue Joe Cocker, décédé récemment, dans l’avènement des chanteurs de rock atypiques, tant pour la voix que pour la présence sur scène. Jamais l’expression anglaise «anything goes» n’aura été mieux illustrée que par cette extravagante revue musicale qui parfois incluait plus de 36 personnes sur scène et qui était dirigée habilement par Leon Russell. Pour Cocker, puissance vocale égalait émotion; le pathétique dans la gestuelle traduisait autant la vulnérabilité qu’un défi lancé au sort. Joe Cocker, comme Janis Joplin, a montré le chemin à de nombreux chanteurs et chanteuses populaires, les incitant à laisser au vestiaire leurs complexes et insécurités. Le répertoire contient bien sûr des interprétations qui ont laissé leur marque, comme Cry Me a River, Let’s Go Get Stoned, She Gets Through the Bathroom Window et Feelin’ Allright, de Traffic.