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Urgences, chantage et austérité

Manifestation austérité
photo d’archives

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Je déclare le numéro «Austé, austérité, austé, austérité», chanté en ouverture du Bye Bye 2014 sur l’air de Papaoutai de Stromae, le vers d’oreille officiel du début de l’année. Or, je déteste les vers d’oreille qui vous scrappent une chanson aimée, surtout quand ils mentent.

Le gouvernement imposerait l’austérité pour refiler l’argent aux banques, aux pétrolières? Sur quelle planète? Ce n’est même pas drôle.

Contrairement à ce que croit Noam Chomsky, le prophète de la gauche, il n’y a pas que les riches qui savent «fabriquer le consentement» des foules. Notre gauche médiatique excelle dans le tripotage de réalité pour vendre au peuple le bon vieil agenda socialiste qui, promet-on depuis Marx, va sauver l’être humain... de la nature humaine.

Du pur chantage

Les chefs syndicaux ont marqué le Nouvel An en nous menaçant de foutre le bordel si le gouvernement ne dit pas oui à des demandes d’augmentations obscènes d’aveuglement et d’irresponsabilité et ne recule pas sur tout ce qui ressemble à une réforme. Surtout celles qui affaiblissent le contrôle syndical sur l’État.

En pliant devant les étudiants du printemps érable, Pauline Marois a mis la table pour que des débordements sociaux agitent le Québec à chaque fois qu’un gouvernement doit prendre des décisions difficiles au nom du bien commun. Ça tombe bien: «Austérité» se scande mieux pendant une manif que «responsabilité».

Les syndicats et leurs porte-voix se fichent bien que neuf électeurs sur dix ont voté pour un parti qui prônait le retour à l’équilibre budgétaire dès 2015. Seul Québec solidaire n’a pas fait du déficit zéro une priorité électorale.

Avons-nous oublié que le PQ souhaitait regrouper les commissions scolaires et limiter les hausses de salaires des fonctionnaires à la «capacité de payer des contribuables», pour citer Nicolas Marceau ?

Quelle austérité ?

Justement, j’ai testé «l’austérité» ce week-end. Belle-maman Desmarais, 87 ans, a dû consulter à l’hôpital. Elle a choisi le «Jewish» à cause des nouvelles urgences inaugurées en février dernier. Un choc: Pas de civières dans les corridors, pas de salle d’attente bondée, malgré un taux d’occupation maximum. J’avais l’impression d’avoir atterri sur le plateau d’une émission médicale américaine, bilinguisme en prime.

Pas l’ombre de la moindre molécule d’austérité dans cette urgence de 82 000 pieds carrés, la première du genre au Québec mais construite selon des normes du XXIe siècle déjà en vigueur ailleurs en Amérique du nord.

Le tout payé par l’État et par des dons du public. Pas de PPP dans le décor.

Le seul hic? Une heure sur une chaise au triage pour une très vieille dame aussi mal en point, c’est long. Mais après, ça décolle!

L’efficacité ne s’explique pas que par l’argent et la technologie. Les médecins ont accepté de travailler autrement en sacrifiant leurs traditionnels privilèges décisionnels pour déterminer, en équipe, l’organisation du travail et l’attribution des patients. Au nom du bien commun.

Une leçon que nos chefs syndicaux devraient peut-être apprendre au lieu de plancher, comme des robots, sur les paroles d’«Austé, austérité, austé, austérité».

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