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Les vautours de la culture

Les vautours de la culture
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Chaque période d’austérité budgétaire amène avec elle son lot de «vautours de la culture» qui n’attendent que ça: que le gouvernement coupe «enfin» dans des dépenses que, de toute façon, ils ne jugeraient pas pertinentes même si le Québec nageait dans l’argent.

C’est donc sans trop d’étonnement que je prends régulièrement connaissance des propos de divers intervenants qui déplorent que la culture ait acquis, selon eux, le statut de «vache sacrée».

Ils se réfèrent, notamment, aux décisions de ne pas fermer les Conservatoires régionaux ou de ne pas transférer Télé-Québec sur le web, deux idées qui auraient non seulement détruit ces institutions mais qui n’auraient produit aucune économie significative immédiate, la seule chose après laquelle court ce triste gouvernement. La Culture est, d’après eux, une «impénétrable forteresse» où l’argent coule à flots et où l’on soutient financièrement mille et une frivolités. Rien n’est pourtant plus faux!

Alors que les dépenses du gouvernement du Québec en santé et en services sociaux ont augmenté de 40 % depuis 2006, celles en culture n’ont augmenté que de 11 %, soit deux fois moins que le PIB, à 26 %, selon Pierre Emmanuel Paradis et Pierre Fortin. Ces économistes n’hésitent pas un instant à dire que la Culture a «commencé depuis longtemps à “faire sa part” pour aider à redresser les finances de l’État».

Malgré un contrat

Et pourtant! De toutes les mesures budgétaires annoncées par le gouvernement Couillard, l’une d’entre elles est venue frapper de plein front la culture, soit la réduction de 20 % des crédits d’impôts aux entreprises, touchant les secteurs de la télévision et du cinéma. Sans compter les compressions qui seront à venir en 2015.

Ainsi, malgré d’innombrables promesses et engagements, annoncés au budget de 2012, réannoncés par le Parti libéral, en pleine campagne électorale en 2014, malgré un contrat en bonne et due forme, on s’apprête à mettre la hache dans le projet de théâtre porté par l’un des plus grands ambassadeurs culturels du Québec, Robert Lepage, qui est au théâtre ce que Céline Dion est à la chanson et ce que le Cirque du Soleil est aux arts du cirque.

Enfant pauvre

Ceci, alors que la culture fait toujours figure d’enfant pauvre au budget du Québec, loin de ce fameux 1 % du budget des dépenses qu’on croyait acquis, avec quelque 669 millions $ pour 2014-2015, sur un budget de plus de 74,5 milliards $.

Qu’on se le dise, l’élimination pure et simple du ministère de la Culture et des Communications et, tant qu’à faire, des Relations internationales, du Tourisme et de l’Environnement ne permettrait même pas d’éponger la moitié du déficit actuel du gouvernement du Québec. Il faudra donc que le ministre Coiteux et ses fonctionnaires du Conseil du Trésor qui ont littéralement pris le contrôle du gouvernement Couillard- les ministres n’étant plus que des exécutants de leur volonté- se tournent vers d’autres proies plus en chair. Mais c’est si bon de manger de l’artiste, n’est-ce pas?