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La rectitude mène à la page vide

La rectitude mène à la page vide

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Avec le carnage contre Charlie Hebdo, ceux qui discourent sur l’éthique et la « responsabilité » de ceux qui s’expriment ont d’importantes révisions à faire. 

Le problème n’est pas chez  ceux qui s’expriment mais plutôt chez ceux qui ne supportent pas que d’autres parlent, dessinent ou exposent des vues qui contredisent leurs croyances ou leurs préjugés.

À force de répéter qu’il faut éviter de « choquer », d’indisposer de déranger lorsqu’on caricature et critique, certains chantres de « l’éthique » de l’information contribuent à rapetisser l’espace de la liberté d’expression.

Plus pressés à condamner ces publications qui « choquent » ou indisposent qu’à défendre la liberté de s’exprimer, ils contribuent à museler tout discours critique. 

D’une certaine façon, ils contribuent à conférer une molécule de légitimité à de tels actes meurtriers contre les médias.

C’est ce que vient nous rappeler le caricaturiste du New Yorker dans ce dessin diffusé quelques heures après l’attentat de Paris.

À vouloir protéger les droits constamment au prix de limites toujours accrues à la liberté d’expression, l’on contribue à taire les débats, supprimer les discussions.  On fait exactement ce que les obscurantistes souhaitent.

Il faut cesser de préconiser de limiter les libertés expressives au-delà des seules limites imposées par des lois dont la raisonnabilité est vérifiée par des juges indépendants.

Lorsqu’on accepte de s’autocensurer ou de trouver un fondement légitime à ceux qui réclament de censurer au nom de leurs croyances, on donne une portée à ces arguments fondés sur le respect des références « culturelles », « religieuses » etc. 

Le respect de l’autre ne saurait passer par le musèlement des autres.

Lorsqu’on se met à invoquer les « sensibilités » culturelles ou autres raisonnements consistant à faire taire ce qui dérange, on cède du terrain à l’obscurantisme.  On ajuste l'espace de la liberté d'expression aux racoins de ceux qui croient qu'il n'y a qu'une seule vérité.

C'est en ouvrant le débat, en permettant encore plus de prise de parole que l'on assure le respect des droits de toutes et de tous. Pas en muselant.

Le caricaturiste du New Yorker le rappelle de façon saisissante en nous invitant, sur le mode de la dérision, à savourer cette caricature « culturellement, ethniquement, religieusement et politiquement « correcte ».  

Il illustre bien que la censure au nom de toutes ces sensibilités mène à l’image blanche, elle tue le débat démocratique....