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Louise Brissette ouvre son coeur aux haïtiens

Elle y adopte un sixième enfant handicapé, un 43e au total depuis 1978

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PORT-AU-PRINCE | La générosité de Louise Brissette semble n’avoir aucune limite ni frontière. Celle qu’on surnomme la «Mère Teresa de Bellechasse» vient d’adopter un sixième enfant handicapé en Haïti, son 43e au total, depuis 1978.

La générosité de Louise Brissette, celle qu’on surnomme «la Mère Teresa de Bellechasse», semble n’avoir aucune limite ni frontière. Elle vient d’adopter un sixième enfant handicapé en Haïti, son 43e au total depuis 1978.

Au Québec, dans les quatre dernières décennies, cette femme au grand cœur a ouvert les portes de son domaine de Saint-Anselme à 37 enfants – dont dix ont été emportés par la maladie au fil des ans – tous atteints d’un handicap physique ou intellectuel.

Comme si ce n’était pas assez, Mme Brissette a senti le besoin d’en faire encore plus. Le tremblement de terre en Haïti a été un «élément déclencheur». Interpellée par les images à la télévision du séisme destructeur en 2010, elle a choisi de s’impliquer à sa façon, en reproduisant, là-bas, ce qu’elle fait déjà si bien au Québec.

«L’amour, c’est plus fort que tout», confie-t-elle au Journal lors d’une entrevue en sol haïtien, à Delmas 29, une banlieue résidentielle de Port-au-Prince. Elle s’y rend quatre fois par année. Avec l’aide de Véronique Delaire - qui s’occupe des enfants à temps plein – et d’autres gens de confiance, la famille Brissette s’est agrandie une fois de plus, à la fin du mois de novembre.

La physiothérapeute et ostéopathe de formation a pris sous son aile la petite Rose, âgée d’environ 6 ans et demi. «Environ», parce que personne ne connaît réellement son âge. Mme Brissette est allée chercher Rose sur son lit d’hôpital à Hinche, une commune au nord-est de Port-au-Prince.

 

Chaque fois qu’elle se rend en Haïti, un de ses enfants québécois l’accompagne pour l’aider dans les tâches quotidien­nes. Lors de notre visite, Delphine, qui est trisomique, donnait à boire aux enfants qui souffrent de paralysie cérébrale.
PHOTO DANIEL MALLARD
Chaque fois qu’elle se rend en Haïti, un de ses enfants québécois l’accompagne pour l’aider dans les tâches quotidien­nes. Lors de notre visite, Delphine, qui est trisomique, donnait à boire aux enfants qui souffrent de paralysie cérébrale.

Malnutrition grave

La fillette paralysée souffrait au surplus de malnutrition, même si elle recevait des soins à l’hôpital. Un mal répandu en Haïti pour les enfants atteints d’un lourd handicap. Édouard, Laura, Katéri, Nicolas et Emmanuella avaient le même problème à leur arrivée à la Maison La Petite Béquille.

Louise Brissette sait qu’elle leur a probablement sauvé la vie en les adoptant. «Ils n’auraient pas survécu très longtemps. Ils seraient restés à l’hôpital mais leur pronostic de vie était très limité.»

«Ce sont des enfants avec des paralysies cérébrales sévères. Ils étaient mal nourris parce que les gens qui s’en occupaient ne savaient pas trop comment les nourrir. Avec un biberon, une paille ou un gobelet, ça ne marchait pas. Nous, on a des trucs. La petite Katéri, on la fait boire avec une seringue. À l’hôpital, ils ne se donnent pas toute cette peine et ici, personne ne leur a jamais dit (aux employés) comment faire.»

L’Institut du Bien-être Social d’Haïti lui a permis d’adopter, de façon officieuse pour l’instant, des enfants avec lesquels «ils ne savaient pas quoi faire», explique la mère adoptive des orphelins. «Ce sont des enfants abandonnés, seuls au monde.» Pas question, toutefois, de les déraciner de leur milieu. Ils grandiront dans leur pays natal.

Des progrès énormes

Tous les enfants hébergés dans la grande maison de Delmas 29 ont progressé de façon significative. «Après quelques jours, on voyait déjà une différence avec Rose. C’est fantastique, ça va bien et elle est souriante».

«Katéri et le petit Édouard ont fait des progrès énormes en quelques mois, c’est surprenant. Ce sont des enfants qui étaient toujours couchés et ne pouvaient pas prendre de tonus. Ils n’avaient pas de stimulation. Édouard, il était rachitique quand il est arrivé ici, il ne mangeait pas beaucoup et il ne savait pas boire.»

À chaque fois qu’elle se rend en Haïti, un de ses enfants québécois l’accompagne pour l’aider dans les tâches quotidiennes. C’est un «vrai partage familial», insiste-t-elle. Lors de notre visite, Delphine, qui est trisomique, donnait à boire aux enfants.

«Delphine passe 3 mois en Haïti. Elle veut son permis de séjour. Elle est vraiment épanouie depuis qu’elle est ici et elle est très bonne avec les enfants. Moi, elle me surprend ! Elle est trisomique mais elle comprend pas mal plus de choses que moi en créole. À l’aéroport ici, elle parlait en créole aux gens. C’est beau l’ouverture que ça leur donne. Pour moi, c’est extraordinaire d’avoir un projet de famille comme ça.»


À PROPOS DE LOUISE BRISSETTE

  • Née en 1946 à Plessisville
  • Physiothérapeute et ostéopathe de formation
  • Elle a œuvré auprès d’enfants handicapés dans plusieurs pays en Amérique du Sud et en Afrique avant d’adopter son premier enfant au Québec, en 1978
  • Elle a adopté, au Québec, 37 enfants présentant un handicap moyen ou sévère
  • Dix enfants ont été emportés par la maladie au fil des ans
  • Décorée de l’Ordre national du Québec et l’Ordre du Canada
  • Médaille d’honneur de l’Assemblée nationale le 18 novembre 2014

    L’État haïtien collabore

    Lui-même handicapé, le secrétaire d’État à l’Intégration des Personnes Handicapées en Haïti, Gérald Soriol Jr, «n’en revient pas de voir le progrès des enfants» en si peu de temps, a-t-il confié à Mme Brissette.

    Il a offert sa pleine collaboration à cette femme d’exception, qui a entamé des démarches légales pour l’adoption officielle de ses quatre filles et deux garçons haïtiens, une opération habituellement complexe. «On a un bon support du gouvernement. Ils ne nous mettent pas des bâtons dans les roues, au contraire, et savent que ce qu’on fait, ça peut être contagieux.»


    Un projet viable grâce aux dons

    Financièrement parlant, Louise Brissette doit toutefois se débrouiller seule en Haïti. Elle réussit à payer des employés, la nourriture et l’électricité de la maison – prêtée par les pères marianistes de Sainte-Foy et Lévis - grâce à la générosité de nombreux mécènes qui contribuent à sa fondation «Les Enfants d’Amour».

    Elle envisage toujours de construire sa propre maison, éventuellement, à Saint-Michel-du-Sud, sur un terrain situé à environ deux heures de Port-au-Prince.

    «Moi, je n’ai pas d’aide de l’État au Québec. De toute façon, je ne pourrais pas aider ces enfants-là avec l’argent du Québec donc on est complètement autonomes et on y va au jour le jour. On a des collaborateurs qui donnent du temps et viennent à leurs frais. Air Transat aussi a été a été généreuse parce qu’elle nous a donné quelques billets et quand on a un surplus de bagages, ils nous laissent aller.»