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Attentat au «Charlie Hebdo»: le drame vu de l'intérieur

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AFP L'équipe de «Charlie Hebdo», maintenant installée chez «Libération» travaillant sur l'édition à paraître ce mercredi.

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Sigolène Vinson, chroniqueuse chez Charlie Hebdo, raconte la journée fatidique du 7 janvier de la chaleureuse conférence de rédaction jusqu’à l’arrivée des secours.

Le Monde publie aujourd’hui un récit déchirant: celui de Sigolène Vinson, chroniqueuse judiciaire au Charlie Hebdo qui a été épargnée par les terroristes. 

Des pétards...

Alors que l'équipe est réunie dans une salle de conférence, un bruit retentit...

«Luce a demandé si c’était des pétards. On s’est tous demandé ce que c’était.»

Ce que Luce Lapin, la secrétaire de rédaction, a confondu avec des pétards était en fait, les premiers coups de feu des frères Kouachi qui atteignaient le webmestre Simon Fieschi.

Un des agents chargés de la protection de Charb réagit aussitôt.

«Sa main semblait chercher quelque chose sur sa hanche, peut-être son arme. Il a dit: “Ne bougez pas de façon anarchique.” Il a semblé hésiter près de la porte. Je me suis jetée au sol. “Pop pop” dans Charlie, je comprends que ce ne sont pas des pétards.»

Mme Vinson tente alors de se réfugier dans le bureau de la secrétaire de rédaction alors qu’elle entend un homme crier «Allahou akbar».

«Pendant que je rampe au sol, j’entends des coups de feu. Je ne veux pas me retourner pour ne pas voir la mort en face. Je suis sûre que je vais mourir.»

Elle sera finalement remarquée par Saïd Kouachi qui la menacera de son arme avant de finalement lui dire: 

«N’aie pas peur. Calme-toi. Je ne te tuerai pas. Tu es une femme. On ne tue pas les femmes. Mais réfléchis à ce que tu fais. Ce que tu fais est mal. Je t’épargne, et puisque je t’épargne, tu liras le Coran.»

Des propos qui ont fait réagir la chroniqueuse judiciaire...

«Je trouvais assez cruel de sa part de me demander de ne pas avoir peur. Il venait de tuer tout le monde et me braquait avec son arme. Je l’ai trouvé injuste. Injuste de dire que ce qu’on faisait était mal, alors que le bien était de notre côté. C’est lui qui se trompait. Il n’avait pas le droit de dire ça.»

«Ils sont tous morts»

Mme Vinson se risque finalement dans la salle de rédaction et constate l’étendue du carnage. Elle contacte les autorités.

«C’est Charlie, venez vite, ils sont tous morts.»

Quelques instants plus tard, le chroniqueur Patrick Pelloux apparait et aperçoit le corps inanimé de Charb...

«Je l’ai vu se pencher sur le corps de Charb. Il lui a pris le pouls au niveau du cou. Puis il lui a caressé la tête et lui a dit : “Mon frère.”» 

Le récit se poursuit jusqu’à l’arrivée des secours qui lui feront quitter l’immeuble.

Un autre regard sur la salle de rédaction du «Charlie Hebdo»

Le témoignage de Mme Vinson met également de l’avant une autre facette du journal satirique politisé: son personnel chaleureux. 

Ainsi, avant de crouler sous les coups de feu, la salle de rédaction du Charlie Hebdo était un environnement aussi drôle que chaleureux.

Ainsi, avant l’attaque, l’équipe échangeait souhaits de bonne année et pâtisseries. En prévision de cette première rencontre de l’année, Mme Vinson avait amené un gâteau marbré. La chienne Lila, mascotte du journal, s’amusait de son côté avec l’illustrateur Cabu qui lui donnait des morceaux de jambon.

Elle se rappelle que, pendant un débat autour du plus récent bouquin de Michel Houellebecq, elle s’est surprise à être particulièrement heureuse.

«À ce moment, dans la kitchenette, j’étais emplie d’un sentiment de bonheur. Malgré le boucan derrière moi, les débats parfois très sportifs entre nous, je réalisais quelle chance j’avais d’appartenir à cette rédaction, de fréquenter ces gens, si drôles, si intelligents, si gentils.»

Plus tard, elle ajoutera que...

«Cette rédaction, ce n’était que des rires et de la gentillesse. Une vraie douceur, une vraie tendresse.»

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