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Le promoteur qui vient de loin

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Photo d'archives Camille Estephan est l’un des hommes forts de la boxe au Québec.

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LAS VEGAS | Camille Estephan est imposant. Plus de 6 pieds, des ­biceps gonflés comme des pains campagnards, les épaules larges, vêtu d’un t-shirt noir clamant la montée de La Plaine à Las Vegas, il pourrait être un garde du corps convaincant dans un film sur la mafia.

Estephan est imposant aussi par ce qu’il est. Né et élevé au Liban pendant l’atroce guerre des années 1970-1980, fils de boxeur, il est un puissant homme d’affaires dont le bureau au sein de Manuvie emploie 100 courtiers qui gèrent des ­centaines de millions.

Il avait trois ans quand l’événement qui a déclenché la guerre du Liban est survenu. À cinq minutes de la maison paternelle. Un autobus rempli de musulmans qui revenaient d’un défilé à saveur politique a été attaqué. Résultat, 27 morts qu’il fallait évidemment venger. Alors que l’attaque contre les 27 musulmans ­visait à venger l’assassinat, le jour même, du garde du corps d’un leader chrétien.

FUIR LA GUERRE

Les 12 années suivantes, Camille ­Estephan les a vécues dans cette guerre. Dans les moments plus tranquilles, son père était boxeur amateur pour le Liban. Lui et ses oncles montaient dans le ring et le jeune garçon les admirait.

Il avait 15 ans quand sa mère découvrit un matin des fusils mitrailleurs sous son lit dans sa chambre. Ce fut le signal. C’était trop. Il fallait partir. Fuir la guerre.

Son père ne prit même pas le temps de vendre ses affaires et sa maison. ­Direction Montréal, Canada.

MONTÉE FULGURANTE

«Mon père est arrivé à Montréal avec 3000 $ en poches. Ma mère s’est trouvé un emploi de comptable pendant que mon père occupait différents emplois au salaire minimum pour que la famille puisse vivre. Moi-même, je n’étais pas toujours sage. Disons que j’avais un mauvais ­tempérament. Mais au moins, à 21 ans, je décrochais mon diplôme universitaire en finance. C’est là que ma vie a basculé. Je me suis retrouvé père d’une petite fille à 21 ans. Ma fille m’a sauvé la vie. J’ai ­décidé de vivre de façon responsable. Je me suis lancé en affaires. Je me rappelle que, le premier jour dans mon emploi de jeune courtier, j’avais lancé 326 appels à des clients potentiels. Sans rien ­décrocher. Mais j’étais décidé à réussir», raconte Estephan rencontré à Las Vegas.

Ces 326 appels infructueux n’allaient pas empêcher le jeune Libanais de bâtir une grosse et riche entreprise. Son ­bureau de courtage fut le premier au ­Canada pendant 11 ans de suite.

Quand Manuvie a acheté la compagnie dans laquelle il opérait, il s’est retrouvé sous le parapluie de la compagnie ­d’assurances.

Mais son bureau demeure autonome et offre un service de 9 à 9 heures, dit-il en souriant.

STIVERNE ET LEMIEUX

Estephan a toujours été passionné par la boxe. Dès qu’il en a eu les moyens, il a plongé dans l’aventure. D’abord comme gérant de boxeurs et, depuis trois ou quatre ans, comme promoteur d’évènements.

Même si Yvon Michel et Jean Bédard sont beaucoup plus connus que lui, ­Estephan est quand même le promoteur qui a organisé le plus de galas de boxe au cours des dernières années. Ces soirées de «club fights» lui ont permis de faire prendre de l’expérience à de nombreux jeunes boxeurs. Et il est évident qu’il est décidé à plonger dans les gros marchés. À s’installer comme un gros promoteur capable de présenter de grosses soirées avec la télévision américaine. En tassant GYM et InterBox s’il le faut.

Pendant ce temps, ses deux poulains de prestige, Bermane Stiverne et David ­Lemieux, ont grimpé les échelons des classements mondiaux.

Avec Stiverne, les négociations de bonne foi avec Don King n’ont jamais été possibles. Estephan et King se sont retrouvés devant une cour à New York avec des poursuites au criminel dans le ­collimateur des procureurs américains.

Finalement, King et Estephan se sont entendus, mais, pour la première fois en 10 ans, Stiverne peut enfin contrôler une parcelle de sa carrière. Avec l’espérance d’être enfin libre dans 15 mois...


Lemieux : poursuites ?

LAS VEGAS | Yvon Michel s’en vient à Las Vegas ce matin. Il doit rencontrer Al Haymon, le nouveau roi de la boxe internationale. Michel et Haymon sont déjà partenaires dans la gestion de la carrière d’Adonis Stevenson et GYM, la compagnie du promoteur québécois, a de gros projets avec Haymon.

Il n’y a pas de party de prévu pour Yvon Michel et Camille Estephan. Au contraire, les deux promoteurs risquent de se retrouver en justice pour le dossier de David Lemieux.

Yvon Michel a toujours été le promoteur de ­David Lemieux. Camille Estephan demeurait le gérant du boxeur.

TRAHISON

Il y a quelques semaines, on apprenait que Lemieux quittait GYM pour signer un contrat de promotion avec Golden Boy Promotions et Oscar De La Hoya. Eye of the ­Tiger Management, la firme ­d’Estephan, devenant un ­copromoteur privilégié.

Le départ de David ­Lemieux a fait mal à Yvon Michel. Il a pris comme une trahison le comportement d’Estephan, qui, selon lui, avait accepté une prolongation de contrat de David Lemieux. Devant témoin à plusieurs reprises.

Camille Estephan se défend en sortant le contrat de David ­Lemieux et en pointant du doigt les engagements écrits qu’Yvon ­Michel n’aurait pas ­respectés.

La conclusion est facile à deviner. Yvon Michel va certainement prendre les moyens légaux pour récupérer le contrat de David Lemieux.

Surtout qu’avec Al Haymon, il a accès à au moins deux réseaux de télévision.

Et qu’il y a des ­millions sur la table.