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Un taux d’occupation record à la Maison des femmes de Baie-Comeau

 Hélène Millier
Photo Charlotte Paquet Pour faire face au haut taux d’occupation et s’assurer de boucler le budget, la Maison des femmes de Baie-Comeau a réduit ses services d’accompagnement, explique la coordonnatrice Hélène Millier.

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Faute de budget suffisant pour faire face à un taux d’occupation record, la Maison des femmes de Baie-Comeau n’a d’autres choix que de réduire ses services d’accompagnement aux victimes de violence conjugale depuis plusieurs mois. Pas question, cependant, de fermer la porte à une femme en danger.

«On ne laissera pas quelqu’un en danger, car on ne veut pas ça», martèle Hélène Millier, coordonnatrice de l’organisme, qui accueille surtout des femmes de la région, mais également d’ailleurs. Certaines arrivent même de loin pour trouver refuge à Baie-Comeau afin d’éviter d’être retracées par un ex-conjoint violent.

Du 1er avril au 31 octobre 2014, période qui correspond à la plus récente compilation globale de statistiques, un taux d’occupation moyen de 129 % a été observé, avec une pointe de 161 % en mai. C’est du jamais vu. Reste que depuis 2011-2012, la Maison des femmes a toujours terminé l’année avec un taux d’occupation élevé variant entre 104 et 121 %.

Moins d’accompagnement

En raison d’un déficit prévisible de 40 000 $ au 31 mars 2015 sur un budget annuel de 664 000 $, la direction revoit priorités depuis plusieurs mois. Elle ne remplace plus les congés de maladie, plutôt nombreux. Moins de services d’accompagnement sont donc offerts aux femmes pour se réorganiser et reprendre du pouvoir sur leur vie.

Elles doivent dorénavant se débrouiller seules plus souvent. À titre d’exemple, un chauffeur de taxi plutôt qu’une intervenante ira chercher la femme violentée et ses bagages pour la sortir de chez elle et l’amener à la Maison des femmes. L’accompagnement à l’urgence ou ailleurs peut également être impossible.

Des démarches sont en cours depuis deux ans avec l’Agence de la santé et des services sociaux de la Côte-Nord pour un rehaussement budgétaire de 15 000 $, soit l’ajout d’une 11e place au permis. Les échanges ont cependant très peu progressé et avec l’avènement de la Loi 10 sur la création des Centres intégrés de santé et de services sociaux, les espoirs sont faibles.

Vingt à la table

Malgré ses 10 places au permis, l’organisme dispose de 18 lits pour répondre à la demande. Au cours des dernières années, il lui est même arrivé de convertir temporairement une partie d’une salle de conférence en chambre afin de ne laisser aucune femme en plan.

«Il arrive régulièrement qu’on soit 20 autour de la table. Il s’agit qu’une femme arrive avec ses trois enfants...», souligne Mme Millier. De véritables petits miracles sont réalisés pour réduire au minimum la facture d’épicerie. En 2013-2014, le coût moyen par repas s’est élevé à 1,48 $, grâce notamment possible aux dons de nourriture provenant de services de traiteur ou autres. Aussi, tout un lot d’aliments est arrivé comme un cadeau du ciel à la suite de la fermeture d’un camp forestier.

Accalmie

Une certaine accalmie dans les demandes d’hébergement se ressent cependant depuis quelques semaines à la Maison des femmes. À chaque année, une période plus tranquille est observée. «Pour janvier, on a eu des demandes, mais les femmes ne sont pas venues. Avec toute l’incertitude économique et l’austérité, c’est sûr que ça peut influencer les femmes. Les boutiques ferment et ce sont des jobs de femmes. Elles vont peut-être décider de rester plus longtemps avec leur conjoint violent», pense la coordonnatrice. Mais si le passé est garant de l’avenir, l’exercice en cours se terminera encore en situation de surcapacité.

Faut-il rappeler que les données les plus récentes publies par le ministère de la Sécurité publique sur la criminalité commise dans un contexte conjugal au Québec, celles de 2012, la Côte-Nord est en tête du classement avec un taux d’infractions de 499 par 100 000 habitants, près de deux fois supérieur à la moyenne provinciale de 280.