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Pour une politique de lutte à l’intégrisme

Selon Fatima Houda-Pépin, le Québec doit aussi affirmer la neutralité religieuse de l’État

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Photo d’archives, Jean-François Desgagnés Expulsée du caucus libéral en raison de ses positions sur la laïcité, Fatima Houda-Pépin, une musulmane, continue son combat contre l’extrémisme religieux hors de la joute politique.

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L’ex-députée Fatima Houda-Pepin estime que le Québec doit affirmer sans plus tarder la neutralité religieuse de l’État et se doter d’une politique de lutte à l’intégrisme.

L’ex-députée Fatima Houda-Pepin estime que le Québec doit affirmer sans plus tarder la neutralité religieuse de l’État et se doter d’une politique de lutte à l’intégrisme.

«Il y a urgence d’agir», a-t-elle confié au cours d’une entrevue accordée au Bureau parlementaire. Expulsée du caucus libéral il y a presque un an jour pour jour en raison de ses positions sur la laïcité, la femme de confession musulmane continue son combat contre l’extrémisme religieux hors de la joute politique.

En mission au Royaume-Uni, Philippe Couillard a annoncé le report de son projet de loi sur la neutralité religieuse en raison des attentats de Paris, a rapporté vendredi La Presse canadienne.

L’ancienne libérale refuse de commenter directement les actions du gouvernement. Elle estime toutefois que des gestes doivent être posés à court terme. «De crise en crise, on reporte les échéances, on reporte les interventions. Pourquoi? Parce qu’on ne se donne pas la peine au plus haut niveau du leadership politique de bien comprendre ces phénomènes, de bien les encadrer.»

Selon Mme Houda-Pepin, une loi pour assurer la neutralité religieuse de l’État permettrait de poser le «premier jalon pour le vivre ensemble et l’harmonie au Québec».

Elle affirme que le débat sur la charte était bien mal engagé et ce qu’il faut c’est notamment de modifier la charte des droits et libertés pour y inclure noir sur blanc la neutralité religieuse de l’État.

Pas des loups solitaires

La terreur vécue à l’heure actuelle n’est pas l’œuvre de loups solitaires, croit-elle fermement. «Je comprends que nous avons été frappés au cœur, ici au Canada, et qu’on cherche des justificatifs, mais pas au point de nier la réalité.» La terreur est l’œuvre de daesh (État islamique), d’Al-Qaïda, de Boko Haram et la constellation de ces groupes ne cesse de croître, soutient l’ancienne élue. L’intégrisme est aussi actif au Québec, insiste-t-elle.

Fatima Houda-Pepin pointe du doigt la propagande salafiste, wahhabite et les financiers de l’islamisme radical, l’Arabie saoudite en tête.

Les dirigeants des pays occidentaux et des pays musulmans ont leur part de responsabilité dans l’expansion de ce «cancer» pour avoir trop longtemps banalisé ces manifestations d’extrémistes, selon elle.

Ici au Québec, elle estime que ça prend un organisme «sur le terrain» qui va documenter le phénomène et suggère la création d’un centre de recherche-action.

« N’ayez pas peur de l’islam »

Fatima Houda-Pepin exhorte les Québécois à ne pas faire l’amalgame entre les musulmans et l’intégrisme.

«N’ayez pas peur de l’islam et combattez l’idéologie islamiste!», lance l’ex-députée, dans une entrevue accordée au Bureau parlementaire.

«Les citoyens ordinaires, à force de taper sur le même clou, ils entendent parler d’islam et ils pensent intégrisme, foulard islamique, violence, terrorisme, mais ce n’est pas ça, l’islam», déplore-t-elle.

Les islamistes se sont approprié l’islam et l’ont défini en fonction de leur programme politique, insiste l’ancienne élue de La Pinière. Selon elle, il faut s’attaquer à la radicalisation non pas comme un phénomène religieux, mais comme un problème politique. «On travaille pour les intégristes et les islamistes en faisant ses amalgames».

Caricature de Charlie Hebdo

Les caricatures du journal satirique français Charlie Hebdo ont été diffusées par la presse québécoise dans la foulée des attentats de Paris. Mais la majorité des grands médias anglo-saxons ont refusé de les publier pour ne pas offenser leurs auditeurs ou lecteurs de confession musulmane.

Musulmane, Mme Houda-Pepin se définit avant tout comme une démocrate. «Je peux m’opposer vigoureusement à une opinion, à un texte, à une caricature, mais je me battrai avec l’énergie du désespoir pour que la personne puisse l’exprimer».

Elle appelle les musulmans québécois à dénoncer le radicalisme religieux. «Pas pour se justifier aux yeux de la société d’accueil, mais pour ne pas laisser l’islam aux fanatiques», dit-elle.

Elle rappelle que l’islam n’est pas la seule religion à avoir été instrumentalisée à des fins politiques dans l’histoire. «Sous l’inquisition, on massacrait les hérétiques en Europe et aujourd’hui, sous les djihadistes, on massacre les mécréants, c’est-à-dire les musulmans démocrates, les chrétiens et les juifs».