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L'industrie de la vie éternelle est en vogue aux États-Unis

L'industrie de la vie éternelle est en vogue aux États-Unis

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NEW YORK – Jusqu'à quel âge voulez-vous vivre? 100 ans, 150 ans, 1000 ans? De plus en plus de scientifiques et d’investisseurs de la Californie croient que dans le futur, la mort sera chose du passé. Certains croient même que notre esprit survivra de façon virtuelle après notre mort

Voici un survol de ceux qui veulent «tuer la mort» et comment, dans certains cas, ils comptent y arriver en monnayant l’immortalité.

 
Congeler dur en attendant le futur
Marie-Joëlle Parent / JdeM

À Scottsdale en Arizona, dans un immeuble quelconque de béton, sont entreposés 150 corps, la tête à l’envers, dans de grands thermos de métal remplis d'azote liquide.

Congelés quelques minutes après leur mort, ces «patients» attendent que la médecine et les nanotechnologies du futur trouvent le remède à leurs maux et les ramènent à la vie.

Ça ressemble à de la science-fiction, mais près de 1000 personnes sont inscrites sur la liste d'attente de la fondation Alcor, le leader mondial de la cryogénisation.

Des personnalités, comme la star de baseball Ted Williams, y sont conservées.

Certains patients choisissent de ne préserver que leur tête. Ils croient que dans le futur, on pourra reconstituer leur corps de façon synthétique.

La cryoconservation plonge un être humain, en état de mort clinique, dans l’azote liquide à une température de – 196 °C. À cette température, la mort cellulaire est suspendue.

La technologie actuelle utilisée par Alcor est la vitrification, un processus dans lequel la majeure partie de l'eau dans les cellules est remplacée par des produits chimiques de protection. Cela permet d'éviter la formation de cristaux qui endommagent les cellules.

Illégale dans plusieurs pays, dont la France, la cryogénisation peut être pratiquée aux États-Unis à partir du moment où un certificat de décès a été signé. La pratique est considérée au même titre que le don d’organes.

Le coût de l'opération est de 200 000 $. Une fois vitrifié, le corps peut être conservé pendant des siècles.

Fin 2013, environ 250 personnes auraient été cryogénisées dans le monde. Aucune n’a encore été ramenée à la vie.

Cloner son esprit
Marie-Joëlle Parent / JdeM

C’est Martine Rothblatt, présidente multimillionnaire d’une compagnie de biotechnologie, qui a introduit pour la première fois le concept de «clone de l'esprit».

Selon elle, on pourra bientôt créer une version numérique de la conscience d'une personne qui va perdurer après sa mort.

Des aspects de notre personnalité, nos souvenirs, nos croyances, nos pensées et nos émotions seront sauvegardés dans ce qu'elle appelle des «fichiers de l'esprit». Ces derniers pourront être transférés dans un ordinateur ou un robot créant une sorte d'héritage numérique de la personne.

«La première entreprise qui développera un logiciel de l'esprit aura autant de succès qu'un millier de Google», a-t-elle déclaré à Huffington Post.

Un prototype existe déjà à Bristol, petite ville du Vermont, où siège son organisation, la fondation Terasem.

Bina48 est le clone de l'esprit de la femme de Mme Rothblatt, Bina Rothblatt. C'est l'un des robots humanoïdes les plus sophistiqués jamais construits, capable de pensée indépendante, d'émotion et d'humour.

le premier à atteindre la vie éternelle
Marie-Joëlle Parent / JdeM

Ray Kurzweil, directeur de l'ingénierie de Google, veut être reconnu comme le premier homme à atteindre l’immortalité. Sa thèse: «Dès 2045, l’intelligence artificielle dépassera celle de l’humain».

Il est un des fondateurs de l'Université de la Singularité en Californie (parrainée par Google et la NASA).

Les idées de M. Kurzweil sont radicales. ll estime que dans le futur, l'humanité ne sera plus limitée à sa forme physique: des nanorobots vivront en permanence dans chaque corps et s'occuperont de notre système immunitaire.

Ces microrobots pourraient détecter une maladie, réparer des tissus et tuer des virus. Ils pourraient être reprogrammés pour s'ajuster aux nouveaux virus.

Le futuriste d'une soixantaine d'années suit une diète stricte, il prend plus de 150 suppléments par jour et reçoit une demi-douzaine de thérapies intraveineuses chaque semaine.

Ce sont, dit-il, des mesures temporaires pour le maintenir en santé en attendant la révolution nanotechnologique qui va changer le monde.

Congeler ses cellules souches comme assurance vie
Marie-Joëlle Parent / JdeM

À Denver au Colorado, le Dr Terry Grossman, qui dirige une des cliniques de longévité les plus réputées au monde, recommande à tous ses patients de faire congeler leurs cellules souches (les cellules qui ne sont pas encore spécialisées et peuvent se transformer en n'importe quelle cellule de n'importe quel organe).

Le processus coûte près de 3000 $ et implique le prélèvement d'un petit échantillon de peau et de cinq flacons de sang.

En ce moment, les thérapies par cellules souches en sont à leurs balbutiements, mais dans l’avenir, on prévoit que ces cellules pourront être utilisées pour traiter diverses maladies.

«Je dis à mes patients de le faire maintenant parce que vos cellules souches ne seront jamais plus jeunes qu'elles ne le sont en ce moment», dit-il.

Imprimer des organes
Marie-Joëlle Parent / JdeM

La compagnie de biotechnologie Organovo utilise des imprimantes 3-D pour fabriquer des organes humains à des fins commerciales. À la place de l'encre, on imprime avec des cellules humaines.

Les scientifiques espèrent que lorsqu'elles seront placées dans le corps, ces cellules imprimées en 3-D s’intègreront avec les autres tissus existants.

Le processus connaît déjà un certain succès. L'an dernier, une fillette de deux ans de l'Illinois a reçu une greffe de trachée construite avec ses propres cellules souches. Dans un futur pas si lointain, on pourrait s'acheter un nouvel organe, comme un cœur, au lieu d'attendre sur une liste de dons d'organes.

Jouer à Dieu avec les gênes
Marie-Joëlle Parent / JdeM

Cambrian Genomics, une startup de San Francisco, utilise une imprimante au laser pour imprimer des gènes synthétiques.

La compagnie peut ainsi imprimer des versions corrigées des gênes défectueux à l’origine des maladies. Ils croient avoir trouvé la façon de vivre éternellement.

Interviewé par CNN à savoir s’il jouait à Dieu, le jeune président de la compagnie, Austen Heinz, a répondu: «Nous sommes Dieu!».

Sa mission: «Démocratiser la création».

«Je pense que l'ADN synthétique va bientôt devenir un produit de consommation», a-t-il ajouté.

Dans sa vision de l’avenir, n’importe qui pourra concevoir de nouvelles créatures sur un ordinateur et imprimer à bas prix leur ADN. Des parents pourraient aussi concevoir leur enfant numériquement.

 


La plus vaste bibliothèque de la vie 

En mars 2014, le biologiste et pionnier américain Craig Venter a annoncé le lancement d'une nouvelle entreprise, Human Longevity.

Elle se consacre à créer une immense base de données d'un million de génomes humains d'ici 2020, y compris le génome de supercentenaires, question de décoder le secret de leur longévité et de s'attaquer aux maladies associées au vieillissement. 

Il s'agit de la plus grande base de données jamais créée de variations génétiques humaines. Ces données pourront servir à tous ceux travaillant dans le domaine de l'extension de la vie.