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Une faute très grave

Au moins, Ottawa a envoyé un ministre de haut rang. Le cas du gouvernement du Québec, lui, est franchement pathétique et lamentable

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Marie-France Bazzo m’a demandé si Philippe Couillard et Stephen Harper avaient commis une faute en ne participant pas à la marche de solidarité, à Paris, après la tragédie de Charlie Hebdo.

Seules l’inconscience et l’insensibilité peuvent expliquer qu’on réponde non à cette question...et qu’ils ne se soient pas déplacés.

Que d’autres chefs d’État aient été absents, comme le plaidait La Presse, n’est pas une excuse recevable. Les relations entre le Canada, le Québec et la France sont particulières.

Le Parlement fédéral a jadis reconnu une évidence: que l’une des nations fondatrices du Canada est d’origine française. Qui doute un instant que si ce drame s’était passé à Londres ou à Washington, Stephen Harper s’y serait rué?

Insensible

Au moins, Ottawa a envoyé un ministre de haut rang. Le cas du gouvernement du Québec, lui, est franchement pathétique et lamentable.

Dans une société québécoise où il semble qu’être arrivé récemment d’un pays exotique est une sorte de mérite, l’immense majorité des francophones font encore une place spéciale à la France dans leur cœur.

La France est aussi le seul pays authentiquement ami que le Québec a dans le monde, le seul qui ne regarde pas ses relations avec nous à travers le prisme unique de ses intérêts.

Que nous soyons petits et provinciaux n’y change rien. Quand la France est blessée, le Québec doit être au premier rang, offrant son affection indéfectible à défaut de sa puissance.

Qu’une belle brochette de représentants de régimes brutaux, dont le gouvernement saoudien, ancien employeur de M. Couillard, aient participé à la marche n’est pas non plus une excuse. Seule la blessure de nos amis français aurait dû compter. Mais M. Couillard n’a sans doute même pas réfléchi sérieusement à la possibilité de se déplacer.

On m’a expliqué que cette capacité empathique à faire écho à l’émotion d’autrui s’appelle «l’intelligence émotionnelle». Notre premier ministre a de grandes qualités, mais il est cruellement dépourvu de celle-là. Plus largement, à chaque fois qu’il est amené sur le terrain identitaire, notre premier ministre devient mal à l’aise et maladroit, planant dans une étrange stratosphère, comme si ces questions n’existaient pas ou étaient trop en dessous de lui pour qu’il daigne se pencher sur elles.

Promesse

M. Couillard nous avait aussi promis, au lendemain de sa victoire électorale, de légiférer «tôt» sur les questions de neutralité religieuse et de lutte à l’intégrisme. Tous les prétextes sont maintenant bons pour repousser cela et, prédiction facile, accoucher tardivement d’une souris.

On nous dit qu’il ne faut pas agir dans la précipitation et faire des amalgames indus. C’est de la foutaise. La vraie raison de cette procrastination est double: le PLQ n’y croit guère parce que le multiculturalisme canadien est son logiciel de base, mais surtout, il ne veut pas déplaire à ses clientèles électorales.