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Compromis historique

La loi qui prime dans notre société est celle que votent les élus, pas celle que souhaitent imposer les fanatiques

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Les récents attentats terroristes, commis par des intégristes islamistes à Paris, Sydney, Ottawa, St-Jean-sur-Richelieu – et, ne l’oublions pas, partout dans le monde, du Pakistan au Nigéria - ne requièrent pas qu’une réponse policière ou en matière de sécurité et de renseignement: ils appellent aussi une réponse politique complémentaire.

Une réponse forte, attendue et désormais trop longuement débattue ici, au Québec.

En tout premier lieu, le gouvernement du Québec, au lieu de chercher midi à quatorze heures pour uniquement gagner du temps à ne rien faire, doit s’inspirer du projet de loi, intitulé: «Loi sur la neutralité de l’État et la lutte contre l’intégrisme religieux». Ce projet de loi, le no 491, a été présenté à l’Assemblée nationale par l’ex-députée Fatima Houda-Pépin en février dernier, alors qu’elle venait d’être exclue du caucus libéral, précisément sur cette question.

Mieux informés

Ce projet de loi a beaucoup de mérite: il propose entre autres la création d’un centre de recherches-actions menées sur le terrain «afin d’identifier et de documenter les manifestations d’intégrisme religieux basées sur l’instrumentalisation des religions ou sur un code d’honneur». Aujourd’hui, tous les partis ont le devoir de travailler ensemble à la création de ce Centre et à sa mise en service. Qui pourrait s’objecter à ce que nous soyons collectivement mieux informés sur les intégrismes religieux, leurs objectifs et leurs façons d’opérer, pour mieux répondre à d’éventuelles menaces, sinon les intégristes eux-mêmes?

Par ailleurs, cela fait huit longues années que, depuis la mise en place par le PLQ de la commission Bouchard-Taylor, jusqu’à la proposition de la charte des valeurs et de la laïcité du PQ, nous discutons de la neutralité de l’État et que nous n’aboutissons à rien.

Voilà pourquoi, dans un deuxième temps, nous devons réaffirmer des principes inaliénables particulièrement en ce qui concerne l’égalité entre les hommes et les femmes ainsi que toutes les conséquences concrètes qui en découlent. Nous avons toujours, en outre, à établir sans l’ombre d’un doute que la loi qui prime dans notre société est celle que votent les élus, pas celle que souhaitent imposer les fanatiques, la loi de la souveraineté populaire pas celle du sacré, la démocratie, pas la théocratie. Ceci vaut autant quand il s’agit de liberté d’expression, de liberté au sens large ou encore d’accommodements raisonnables.

Faire l’histoire

Le gouvernement actuel a la responsabilité de présenter rapidement - pas à la fin de son mandat - quelque chose de significatif, à la hauteur des défis, des enjeux et de la situation, si tant est que les critiques du projet de Fatima Houda-Pépin, de la charte du PQ et même du rapport Bouchard-Taylor – qui sont aujourd’hui à nouveau ministres – étaient sincères quand ils se disaient d’accord avec des pans importants de ces propositions. Sans compter que pendant la campagne électorale le Parti libéral a promis d’agir rapidement.

Les députés de l’Assemblée nationale ont la rare occasion de faire l’Histoire et de nous procurer, à nous, Québécois, un indispensable outil de vivre-ensemble pour les prochaines décennies.