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La fève, la flèche et les enfants

La fève, la flèche et les enfants
Illustration Benoit Tardif, colagene.com

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Vous ressentez comme un petit trou de calendrier? Réjouissez-vous: nous sommes à peu près à mi-chemin entre la fête des Rois et la St-Valentin! Vous trouvez qu’il n’y a aucun lien? C’est pourtant aux Rois qu’on sème la fève et ça, ce n’est pas innocent pendant qu’on attend la flèche de Cupidon.

Il faut dire que la fête des Rois a toujours été pour moi une tradition incontournable et, lorsque j’étais enfant, je vivais avec beaucoup d’excitation l’espoir de tomber sur la fève.

J’ai un souvenir assez vague, mais émotivement vif, d’avoir été l’heureuse élue à au moins une reprise. Nous étions chez des amis de mon père, un couple et leurs deux fils. Soudain obligée de désigner mon «roi», j’eus bien du mal à cacher mon trouble. Il aurait été si simple de dire que mon père était nécessairement l’élu de mon cœur, mais je ne savais pas mentir. L’aîné parmi les fils de nos hôtes, qui devait bien avoir huit ou neuf ans, provoquait chez moi une vague de tendresse et cette étrange excitation que ressentent les enfants quand ils aiment avec empressement.

Mon bonheur d’avoir attrapé la fève s’est soudain transformé en angoisse: tout le monde allait donc connaître mon secret! Mais pourquoi l’amour devait-il être secret? Entre autres parce que le sentiment amoureux chez les enfants fait beaucoup rigoler les adultes et que tout enfant un peu orgueilleux apprend rapidement qu’il serait mieux de garder ça pour lui.

L’amour toujours

Je pensais à ça parce que j’ai passé la fête des Rois avec des enfants cette année. Ils ont écouté La Reine des Neiges de Disney. Vous ne pouvez plus en entendre parler (et l’entendre chanter)? En bonne célibataire sans enfant, c’était pour moi une première. J’écoutais d’une oreille inattentive, toujours surprise de l’importance qu’on donne à la relation amoureuse dans les films pour enfants. Au moins, concédons à la morale de l’histoire d’insister sur les multiples visages de l’amour.

C’est moins vrai de Les petits pieds du bonheur que j’ai regardé quelques jours plus tard avec d’autres enfants. Dans ce film, c’est pour trouver l’âme sœur que les manchots doivent savoir chanter, sans ça, il semble que leur vie soit gâchée.

Évidemment, l’obsession de la relation amoureuse comme fin heureuse n’est pas nouvelle: les contes traditionnels en sont pleins. Ce qui m’étonne, c’est que dans une époque où on remet bien des choses en question, la prédominance de cette image-là perdure. Et n’est-ce pas paradoxal, comme je le soulignais plus tôt, qu’on se moque «gentiment», avec ironie et un peu de condescendance, des enfants qui se disent amoureux quand on leur répète sans arrêt que c’est ça le bonheur?

Tout ça pour dire que je n’ai pas eu la fève cette année. Je n’avais pas d’amour secret autour de la table, je suppose que j’aurais choisi un enfant comme roi. Ou peut-être une reine, pour que cette hypothèse-là existe aussi à leurs yeux. Je n’ai pas eu la fève et ce sera ma 35e St-Valentin célibataire.

Oh bien sûr, parfois on est triste un peu, mais certains contes se terminent bien sans que Cupidon ait tiré sa flèche! À vos enfants, lisez aussi Le vilain petit canard.