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Les néo-créditistes

M. Stéphane Bédard est le chef intérimaire du Parti québécois et il parlait sans rire

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On savait déjà que l’excision du clitoris est une pratique mal vue à Hérouxville, que Janette Bertrand risquait de se faire évincer de la piscine de son building du centre-ville par des étudiants «étrangers», et que la démocratie québécoise était menacée par des étudiants «anglophones» qui voulaient «voler» la dernière élection en se prévalant de leur droit de vote.

Aujourd’hui, nous apprenons que l’Arabie saoudite est une maladie contagieuse, une espèce de virus politico-culturel qui induit, chez ceux qui y ont été exposés, un fléchissement de la vigilance face aux valeurs fondamentales comme le respect des droits de la personne et de l’égalité des hommes et des femmes.

Quand ça va mal, ça va mal.

Il suffit à une victime – généralement cupide et consentante – d’avoir été exposée au virus de l’Arabie saoudite – une espèce d’Ebola politique qui se développe dans la sharia et l’argent du pétrole – pour que sa fibre morale s’effiloche, sa tolérance aux turpitudes humaines augmente, et que son indifférence aux valeurs identitaires québécoises s’installe comme un cancer qui se nourrit de lui-même.

Menace de contagion

Quand ça va mal, vous dis-je: le premier ministre Philippe Couillard – qui a travaillé comme médecin en Arabie il y a une vingtaine d’années – a justement été lui-même «imprégné de ces valeurs, de cette réalité.»

Par association, il représente donc une menace, insidieuse, mais pressante, de contagion de toute la société québécoise.

M. Stéphane Bédard a donc imploré M. Couillard hier de ne pas imposer ces valeurs aux Québécois. «On lui demande de ne pas importer cette réalité ici.»

Cela aurait été parfait dans un show de Juste pour Rire: un Michel Barrette faisant des jokes de mononcle politiques à la Roméo Pérusse: une fois, c’t’un gars qui revient d’Arabie avec une valise pleine de cash, m’entends-tu...

Mais, non! M. Stéphane Bédard est le chef intérimaire du Parti québécois et il parlait sans rire.

Et ce ne sont pas de vieilles archives des sophismes de Duplessis sur le complot des juifs, des communistes, des homosexuels et des athées anglophones qu’on nous resservait hier, mais les propos concertés d’une brochette de candidats à la chefferie du PQ sur le complot islamiste qui nous menace tous.

Débat sérieux

Les aspirants-chefs du PQ ont accusé M. Couillard de «taponner» sur la question de l’intégrisme religieux (Bernard Drainville) ou d’avoir été «endormi face aux questions des droits de la personne» par son exposition à l’Arabie saoudite (Alexandre Cloutier.) ou l’ont incité à faire fi du protocole, en allant interpeller directement les scheiks sur cette question au sommet de Davos (Jean-François Lisée.)

Partout en Occident on tente de tenir un débat sérieux sur cet équilibre élusif à atteindre entre la liberté et la sécurité, entre la tolérance et le respect, entre les droits individuels et le devenir national.

Mais, en jetant de l’huile sur le feu avec cette démagogie de créditistes qui le caractérise, hélas, de plus en plus souvent, le Parti québécois semble tout faire pour qu’on cesse de le prendre au sérieux.