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L’importance de Sylvie Desgroseilliers

Passé un certain âge, on pense qu’on devient invisible

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Vous savez ce qui m’a le plus touchée dans la performance de Sylvie Desgroseilliers à La Voix dimanche ?

Ce n’est pas juste sa voix puissante ou le fait qu’elle ait chanté Amazing Grace a cappella.

Ce ne sont pas simplement ses larmes quand elle a vu les quatre coachs se retourner. Ce n’est pas sa candeur quand elle a avoué qu’elle avait peur que personne ne se retourne.

Ce ne sont pas uniquement les images de ses deux fils et son mari, fiers de leur Sylvie.

Non, ce qui m’a le plus remuée, bouleversée c’est quand, en coulisse, après sa performance, Sylvie s’est confiée à Charles Lafortune : «Ça fait du bien. Ça te fait sentir vivante encore. Que t’as encore de l’importance. Que t’as encore quelque chose à donner.». Ça, ça m’a renversée.

ARTISTE EN QUARANTAINE

J’ai parlé à Sylvie cette semaine et elle me racontait à quel point cette confidence a touché un grand nombre de Québécois, qui lui ont écrit pour lui dire qu’ils comprenaient très bien ce qu’elle voulait dire.

Passé un certain âge, on pense qu’on devient invisible, qu’on ne sert plus à rien, qu’on n’est plus indispensable.

Et comme femme, c’est encore pire. Comme blonde, comme mère, comme fille, on s’oublie si souvent. On pense aux autres avant de penser à soi.

On a besoin de sentir qu’on est importante, pas seulement «parce qu’on fait le lavage», comme l’a dit Sylvie à son fils à la blague.

Je ne sais pas vous, mais j’ai trouvé terriblement touchant que Sylvie admette devant des millions de Québécois qu’elle avait encore ce besoin-là : de se sentir écoutée, appréciée, et oui, aimée.

Quand j’ai écrit sur la concurrente de La Voix mercredi, j’ai reçu beaucoup de courriels. Des gens outrés qui considèrent (à tort) que La Voix est un tremplin réservé à la relève (alors que le concours est ouvert à tous). Et des fans ravis que cette chanteuse à la voix puissante ait enfin une deuxième chance.

Mais qu’on soit d’accord ou pas avec les règlements, qu’on soit d’accord ou pas avec la présence de Sylvie à La Voix, il y a une chose que personne ne pourra lui enlever.

Dimanche soir, devant 2 7691 000 personnes, elle n’était plus Sylvie la maman, ou Sylvie-la-femme-dans-la-cinquantaine. Elle était Sylvie tout court. Et ça, ça n’a pas de prix.

PETIT RACISME ORDINAIRE

En terminant, je veux vous citer un long extrait d’un texte que Sylvie Desgroseilliers a écrit sur le site de Radio-Canada, à l’occasion du Mois des Noirs, au sujet du racisme qu’elle a vécu au Québec.

«En tant que chanteuse, j’ai essayé plusieurs fois de changer les choses, brasser les stéréotypes et, presque à chaque fois, on m’a fortement suggéré de m’asseoir et de rester à ma place! Un metteur en scène très connu m’a même demandé, lors d’un spectacle où j’étais choriste pour un chanteur québécois, d’être moins «négresse», et calmement j’ai répondu NON. Ça peut sembler choquant pour certains, mais quand on vit cela régulièrement, on n’est pas surpris... choquant, mais pas surprenant.»

Moins «négresse» ? Allô? C’est qui le metteur en scène qui pense qu’il peut dire ça à une chanteuse?