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Autour de l’affaire Sylvie Desgroseilliers

Sylvie Desgroseillers - Candidate La Voix show 1
SOUS EMBARGO J
Photo Courtoisie

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Je voulais parler d’Obama, de son magistral discours à la Nation. De l’intelligence, de la lucidité, de la sensibilité, de la culture générale de l’homme que j’avais découvertes à la lecture de son autobiographie,

Les Rêves de mon père, écrit par lui-même, pas par un écrivain fantôme, il y a quelques années. De sa résilience, de sa détermination à faire passer ses politiques et à réitérer jusqu’au bout ses convictions profondes de justice sociale face à un Congrès et à un Sénat républicains pourris par le fric, l’opportunisme et l’obscurantisme.

Cependant, ce qui n’a cessé de remonter à mon esprit et dont j’ai discuté avec pas mal de monde depuis dimanche, c’est le tollé qu’a suscité le fait que Sylvie Desgroseilliers, une chanteuse professionnelle, expérimentée, talentueuse, ayant maintes fois fait ses preuves se soit présentée à La Voix et y ait joué son va-tout comme on a dit. Étonnamment, cela a un lien avec la persévérance et la résilience d’Obama. Je n’ai nulle envie de discuter de la pertinence, de la qualité et de la valeur de cette émission de télé, là n’est vraiment pas mon propos.

Les détesteurs se sont insultés du fait que la présence de la chanteuse nuirait à quelqu’un qui commence, et qu’elle volerait pour ainsi dire sa place à un jeune. C’est bien mal connaître comment fonctionne le système de la télé et des médias en général. Chez nous, dans le très petit milieu des medias et du monde artistique, il y a les saveurs du mois, ceux à qui des patrons ont donné le temps de s’installer, ceux qui font partie de l’establishment des quotidiens et quelques autres happy few qui parviennent à bien vivre de leur métier. Sylvie Desgroseilliers a fait preuve d’un immense courage et d’une grande humilité. Sa présence a illustré de manière éclatante le peu de cas que les décideurs et patrons de tous ordres font des gens de métier ayant dépassé la prime jeunesse. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays.

Je fréquente Facebook depuis un an à peine et dire le nombre d’«ami-es» allumé-es, articulé-es, éduqué-es qui peinent à gagner leur vie et désespèrent de retrouver un jour un job et un salaire à la mesure de leurs compétences est tout simplement navrant. Quel gaspillage de ressources utiles! Je fais également partie du Comité des Femmes artistes de l’UDA et nos statistiques nous montrent clairement qu’à partir de la cinquantaine, les femmes travaillent moins et que quand elles le font leur salaire est loin d’être  égal à celui de leurs confrères.

Ce sursaut de survie –parce que c’est bien de cela dont il s’agit- de Sylvie Desgroseilliers lui profitera-t-il ? Ou aurait-il mieux valu pour elle se cacher honteusement, renoncer à un métier où elle excelle et tranquillement disparaître de la carte sans faire de vague parce que c’est ce à quoi l’on s’attend habituellement. Le système est petit, déficient. Sans vision dans son incapacité à inclure la diversité d’âges, de talents, de points de vue, de compétences. Je ne peux m’empêcher de me demander si le fait qu’elle soit une femme et qu’elle ait osé clamer son désir haut et fort, c’est le cas de le dire, pèse dans la balance d’une certaine irritation collective.

En tout cas, nous sommes plusieurs à avoir été profondément remuées par son geste. Et à nous être demandées si nous aurions eu le remarquable guts de participer à un grand concours national qui aurait permis à des humoristes, des actrices, des journalistes, des réalisatrices, des animatrices au chômage de se faire entendre et d’être jugées par le PUBLIC sur la base de leur talent, de leur intérêt, de leur pertinence, de leur compétence et de la maîtrise de leur métier ou de leur art.

Sylvie Desgroseilliers a tout mon respect...