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Winston Churchill

Mais méditer sur le destin de Churchill, réfléchir à sa vie en montagnes russes, c’est réfléchir à ce qu’il y a de plus fascinant en politique.
Photo d'archives Mais méditer sur le destin de Churchill, réfléchir à sa vie en montagnes russes, c’est réfléchir à ce qu’il y a de plus fascinant en politique.

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Nous avons tous en tête quelques images de Winston Churchill. Les uns l’imaginent galvanisant les Britanniques au moment des heures les plus difficiles de la Seconde Guerre mondiale. D’autres sont plutôt attachés au caractère rabelaisien du personnage. Churchill mangeait, buvait, multipliait les mots d’esprit. Hier, on commémorait le cinquantième anniversaire de sa mort.

Nous avons tous en tête quelques images de Winston Churchill. Les uns l’imaginent galvanisant les Britanniques au moment des heures les plus difficiles de la Seconde Guerre mondiale. D’autres sont plutôt attachés au caractère rabelaisien du personnage. Churchill mangeait, buvait, multipliait les mots d’esprit. Hier, on commémorait le cinquantième anniversaire de sa mort.

Mais méditer sur le destin de Churchill, réfléchir à sa vie en montagnes russes, c’est réfléchir à ce qu’il y a de plus fascinant en politique. Si aujourd’hui, Churchill passe pour un géant de l’histoire, dans les années 1930, en Grande-Bretagne, il passait pour un politicien fini, terminé, biberonnant son whisky et jouant au prophète de malheur, en mettant en garde son pays contre le réarmement de l’Allemagne de Hitler.

Un têtu

On ne voulait pas l’entendre. L’homme s’était distingué, pour le meilleur et pour le pire, lors de la Première Guerre mondiale. La guerre gagnée, on voulait vivre en paix. On voulait croire qu’un fanatique comme Hitler ne parviendrait pas à entraîner son peuple dans son délire. On s’imaginait encore qu’il pouvait être raisonnable, pour peu qu’on cède à certaines de ses demandes, que l’on disait légitimes, pour ne pas avoir à le confronter. Churchill? Il avait fait son temps.

Mais Churchill s’entêtait. Il savait que le monde courait vers la catastrophe en sifflotant, parce que la lâcheté coûte moins à l’homme que le courage, et parce qu’il préfère souvent se soumettre plutôt que combattre. Au moment des accords de Munich, en 1938, qui marquèrent l’ultime capitulation morale des démocraties devant Hitler, Churchill aura cette saillie: «vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre».

Guerre exceptionnelle

On se tournera finalement vers lui. Quand Churchill prend les commandes de son pays, en mai 1940, la situation est à peu près intenable. Quelques semaines plus tard, la France sera écrasée par l’Allemagne. Que faire? Plusieurs disent: s’écraser. En trouvant une paix de circonstances avec Hitler. Pas Churchill. Il sait qu’il mène une guerre exceptionnelle, au nom de la civilisation occidentale. Pendant à peu près deux ans, il en sauvera l’honneur. Il ne se couche pas. Il rugit.

Churchill mènera son pays à la victoire. La démocratie est pourtant bien ingrate. À peine la guerre gagnée, Churchill fut chassé du pouvoir. Si les peuples veulent être fouettés en temps de guerre, ils souhaitent plutôt être câlinés quand ils sentent revenir la paix. Il reviendra aux affaires quelques années plus tard. Un homme de pouvoir se résout très rarement à ne plus le convoiter et l’exercer. Mais son moment historique était passé.

Churchill avait une culture immense ainsi qu’une vocation d’écrivain et d’historien. Il s’est d’ailleurs fait l’historien de sa propre époque, pour que les générations à venir se souviennent de son épopée. Il n’entrait jamais dans la case qu’on lui avait réservée pour l’étouffer. C’était un génie politique, le genre d’homme dont a besoin un peuple pour accomplir l’exceptionnel.