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Qui se souvient du pétrole éthique?

Petrole essence carburant
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Il y a trois ans de cela, un groupe de citoyens de l’Ouest canadien favorables à l’exploitation des sables bitumineux avait lancé une campagne pour mousser l’idée que le pétrole canadien est un pétrole éthique. Dans notre Québec écologiste et bien pensant, cette notion avait été vilipendée. On ne pouvait pas sérieusement mettre pétrole et éthique dans la même phrase, surtout pour parler de celui de l’Alberta.

En fait, cette notion de pétrole éthique a fait l’objet d’un livre, de quelques débats, de certaines publicités, mais sans plus. Même les conservateurs de Stephen Harper qui ont flirté avec l’idée pendant un temps ont fini par se dire que l’opinion publique n’embarquait pas et on n’entend donc plus le gouvernement parler ce langage maintenant.

Pourtant, derrière cette idée de pétro­le éthique, on retrouvait exactement les mêmes principes que ceux qui amènent Bernard Drainville à proposer aujourd’hui que le Québec boycotte l’Arabie saoudite. Il appelle à sanctionner les Saoudiens pour le non-respect des droits de l’homme dans le dossier de la condamnation du blogueur Raif Badawi à mille coups de fouet.

Réveil !

Voilà que, du jour au lendemain, se produit chez nous un éveil par rapport à l’opportunité d’importer du pétrole d’Arabie saoudite. Avons-nous raison d’encourager un pays qui ne reconnaît pas de droits d’adultes aux femmes, qui n’a ni élections ni liberté de parole, qui applique la charia?

Dois-je rappeler que la campagne de publicité sur le pétrole éthique disait exactement cela. La campagne rappelait qu’en achetant le pétrole saoudien, les Canadiens ont «financé un État qui ne permet pas aux femmes de conduire, ni de quitter leur domicile, ni de travailler sans la permission de leur mari». Évidemment, la publicité ajoutait comme alternative qu’il existe un pétrole éthique en provenance des sables bitumineux du Canada.

D’ailleurs, le Royaume d’Arabie saoudite avait fait pression avec succès sur plusieurs médias canadiens pour demander que cette publicité n’aille jamais en ondes. Au Québec, je fus l’un des seuls extra-terrestres à trouver quel­ques vertus à ce message.

Le pétrole du Canada

Il ne s’agit pas de dire que le pétrole des sables bitu­mineux est angélique. Il cause une part de pollution qu’il faut mettre dans la balance. Et les gens qui poussent son exploitation et les projets d’oléoducs pour le transporter appartiennent à de grandes corporations qui visent le profit. Nous ne sommes pas naïfs.

Sauf qu’avant de rejeter systématiquement les sables bitumineux, il faut regarder les «alternatives». Le pétrole canadien est produit dans une démocratie, avec des lois environnementales à respecter, des conditions de travail avantageuses pour les employés du secteur et une liberté de parole des citoyens. Les compagnies qui le produisent sont soumises à un encadrement, les femmes peuvent y occuper des fonctions de direction et nous pouvons tous en devenir actionnaires.

Ça ne justifie pas automatiquement de donner le feu vert à tous les projets d’exploitation et de transport, mais ça mérite au moins d’être mis dans la balan­ce.

 

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