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Une Arabie saoudite dangereuse pour le monde

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Photo AFP

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Obama ne s'est pas rendu à Paris pour la manifestation en faveur de Charlie Hebdo, mais il se rendra à Riyad pour les funérailles du roi d'Arabie saoudite.

Obama a reconnu que ne pas avoir été à Paris pour la manifestation en faveur de la liberté d'expression était une erreur. Se rendre à Riyad est-il une erreur?

Oui.

La question ne consiste pas à savoir si le régime d'Arabie Saoudite est bon ou mauvais. D'un point-de-vue démocratique, il est exécrable, depuis très longtemps.

La véritable question consiste à savoir si l'alliance des démocraties avec l'Arabie Saoudite est dans l'intérêt des démocraties. Si au temps de la guerre froide la réponse à cette question pouvait être affirmative, elle ne l'est plus à présent.

Une pépinière mondiale du fondamentalisme religieux

L'Arabie saoudite finance à travers le monde des milliers d'écoles et de mosquées. Ces institutions diffusent un islam radical qui prépare la voie au terrorisme. En effet, si tous les fondamentalistes religieux ne sont pas des terroristes, tous les terroristes islamistes sont des fondamentalistes religieux.

Par-exemple, la guerre islamiste qui s'est déroulée au Mali a été puissamment épaulée pas les enseignements religieux des imams qui sévissent dans les nombreuses mosquées et écoles que finance l'Arabie saoudite dans ce coin du monde.

Contrer la propagation de l'islamisme est donc une première bonne raison de rompre avec l'Arabie saoudite.

Les guerres contre les États laïcs

La lutte que mène l'Arabie saoudite contre le chiisme, le califat et les États laïcs du Proche et du Moyen-Orient est une autre raison d'isoler ce pays.

Dans sa grande sagesse géostratégique, George W. Bush a envahi l'Irak, un État certes dictatorial, mais laïc. Ce faisant, il a neutralisé un des États qui contrebalançait le pouvoir de l'Arabie saoudite dans la région. La montée du califat est une conséquence directe de la chute du régime de Saddam Hussein.

Par leur alliance avec l'Arabie saoudite contre le califat, les États démocratiques sont à présent engagés dans une lutte religieuse de sunnites contre des chiites. Mais surtout, ils aident aussi à freiner l'émergence de pouvoirs laïcs. Le cas le plus patent est celui de la Syrie, où les dirigeants américains (et d'autres pays) répètent la même bêtise qu'avec l'Irak : ils aident à renverser un régime laïc au profit d'un pouvoir religieux extrémiste, similaire à celui de l'Arabie saoudite.

Depuis que la France, il y a 35 ans, a appuyé le renversement du chah d'Iran et en particulier son remplacement par l’ayatollah Khomeiny, les pays démocratiques aident sans trop le vouloir à consolider les régimes théocratiques au Proche et au Moyen-Orient.

Ne plus appuyer l'Arabie saoudite enverrait un message d'espoir aux musulmans qui rêvent de ne plus vivre sous des théocraties ou ceux qui se battent pour ne pas avoir à subir ces régimes. Il aiderait des pays comme l'Égypte à lutter plus efficacement contre le fondamentalisme religieux. Surtout, un tel geste affaiblirait les autres théocraties.

La dépendance au pétrole

Il faut rompre avec l'Arabie saoudite pour une dernière raison. Ce pays nourrit la dépendance au pétrole des pays industrialisés. Plus les prix du pétrole sont bas, plus les pays industrialisés seront encouragés à repousser l'échéance de leur conversion à des énergies de remplacement. Plus l'influence de l'Arabie saoudite sera importante.

Or, ceci pose au moins deux problèmes. Premièrement, une plus grande utilisation du pétrole va accentuer l'émission de CO2 et donc va accélérer les changements climatiques. Deuxièmement, plus le passage de l'ère du pétrole à l'ère d'une autre énergie serra retardée, plus il sera difficile et coûteux de faire ce passage.

Ceux qui croient que les pays démocratiques doivent poursuivre le dialogue avec l'Arabie saoudite se trompent. Ce dialogue n'a pratiquement rien apporté. De toute manière, il faut raisonner en termes d'intérêts. L'Arabie Saoudite n'est pas un patient à qui un médecin conseillerait de changer ses habitudes de vie.

L'Arabie saoudite est devenue une menace à la paix mondiale, à l'environnement et à la sécurité dans nos démocraties. Nos alliances avec ce pays commencent à coûter cher. Trop cher.