/news/politics
Navigation

Québec sabre 15 millions dans l'aide sociale

Le ministre de l’Emploi, François Blais
SIMON CLARK/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI Le ministre de l’Emploi, François Blais

Coup d'oeil sur cet article

Le gouvernement Couillard compte réaliser des économies annuelles pouvant atteindre 15 millions en resserrant les règles d'accès aux prestations d'aide sociale.

«Le but n'est pas de faire la course aux fraudeurs, mais de corriger certaines incohérences [...] L'aide sociale étant une aide de dernier recours, il est important que celle-ci puisse bénéficier aux personnes qui en ont réellement besoin», a énoncé le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale François Blais à l'occasion d'une conférence de presse.

Six changements sont proposés pouvant toucher quelque 12 239 prestataires et 4500 ménages. Certaines modifications s'appliqueront à compter du 1er mai, d'autres à compter du 1er juillet. L'intention du gouvernement est notamment de rendre l'emploi au salaire minimum plus attrayant que l'aide de dernier recours. Québec estime que 442 000 personnes reçoivent des prestations d'aide sociale.

Revenus au noir

En outre, Québec entend sévir à l'endroit des prestataires d'aide sociale qui ne déclarent pas leurs revenus de travail. Le gouvernement estime que 5000  prestataires n'ont pas «déclaré avec diligence leurs revenus de travail» en 2013-2014. La mesure consistera à annuler l'exemption accordée pour revenus de travail ce qui augmentera d'autant le montant à rembourser. Le gouvernement souhaite économiser 1 million avec cette mesure.

Les prestataires de l'aide sociale ne pourront séjourner plus de 15 jours à l'extérieur du Québec au cours du même mois, sous peine de perdre leurs prestations. Ils devront présenter une nouvelle demande à leur retour. Québec estime que cette mesure touchera 460 personnes et qu'elle générera des économies de 1,8 million.

De même, Québec prendra en compte la valeur nette d'une résidence dans l'évaluation de l'admissibilité d'une personne à l'aide sociale. Pour le programme d'aide sociale, le propriétaire d'une maison à valeur nette de 142 000 $ ou plus verra sa prestation réduite en proportion de la valeur excédentaire. Le seuil sera de 203 000 $ pour le programme de Solidarité sociale.

Québec estime que 431 ménages seront visés par cette mesure et que l'économie atteindra 2,2 millions $. Le ministère ajustera les seuils à chaque année suivant l'augmentation des valeurs foncières.

À compter du 1er juillet, le gouvernement réduit de trois à deux le nombre de chambres que les prestataires peuvent louer dans leur résidence, mais augmente de 85 $ à 125 $ le revenu mensuel qu'ils peuvent en tirer sans pénalité. Des exemptions sont maintenues pour la cohabitation visant à recevoir des soins de santé et pour les proches parents prestataires.

Environ 4200 ménages seront touchés par cette mesure et le gouvernement compte récupérer 5,4 millions.

Toxicomanie

De plus, les prestataires qui s'absentent temporairement, par exemple pour suivre une cure en toxicomanie, verront leur prestation de base de 616 $ par mois remplacée par une «allocation pour dépenses personnelles de 200 $ par mois. Ces personnes seront admissibles à une «prestation spéciale» pouvant atteindre 416 $ par mois suivant le coût du logement.

L'an dernier, 6479 personnes ont reçu la prestation spéciale afin de payer les frais de séjour dans un établissement offrant des services aux toxicomanes. Québec espère économiser 6,1 millions $ avec cette mesure.

Pour les prestataires frappés par un sinistre, les indemnités reçues du gouvernement seront exclues du calcul de l'aide pour une période de 90 jours dans le cas de sommes reçues pour des biens meubles essentiels et de deux ans pour des biens immobiliers. Québec estime qu'une cinquantaine de prestataires seront touchés chaque année par cette mesure.

«
 Un travailleur de la Mauricie perd son emploi dans les pâtes et papiers. Il va essayer de se replacer. Il va être à l’assurance-emploi, il aura peut-être droit à des mesures de requalification, mais ce n’est pas facile de se trouver un emploi dans une région en perte d’emplois. Ce travailleur-là qui a une famille vit dans une maison et ça se peut qu’elle vaille 200 000 $. Il n’aura plus droit à l’aide sociale? Ou alors on va lui dire: vends ta maison? »
– Françoise David,
députée de Gouin, Québec solidaire
«
 Les mesures annoncées aujourd’hui vont dans le bon sens, mais il y a encore du travail à faire [...] Nous avons oublié le plus important: faciliter le retour sur le marché du travail pour ceux qui sont aptes à le faire. »
– Donald Martel,
député de Nicolet-Bécancour, CAQ
«
 On a coupé le programme Alternative jeunesse qui permettait à des jeunes de ne pas aller à l’aide sociale [...] Il y a augmentation de 14 % des jeunes à l’aide sociale [...] On voit dans des régions comme chez nous l’augmentation des demandes dans les banques alimentaires. Ça fait qu’il y a une situation grave. »
– Harold Lebel,
député de Rimouski, Parti québécois