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«On n’est pas des B.S.»

Claire Bolduc
photo courtoisie Claire Bolduc

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Selon l’organisme Solidarité rurale, le Québec n’a pas le moyen de fermer les régions comme le propose le Conseil du patronat du Québec.

La présidente de Solidarité rurale, Claire Bolduc, a sursauté vendredi matin en entendant le Conseil du patronat proposer de se servir des fonds dédiés aux municipalités dévitalisées afin d’inciter financièrement les citoyens à quitter les régions pauvres du Québec. «Il faut se demander à qui profiterait l’exode des régions? Si les gens quittent les régions, les grandes entreprises pourront mieux y exploiter les hydrocarbures, les mines ou les terres rares, des projets actuellement controversés. Ce serait un geste odieux et antidémocratique qui ne profiterait qu’à quelques-uns», a-t-elle lancé.

Les régions sont payantes

Selon les données de Solidarité rurale, les régions sont payantes pour le Québec puisqu’elles abritent 25 % de la population, mais représentent 30 % du PIB. «Il y a 370 000 emplois dans les grandes villes qui dépendent des ressources naturelles des régions. Le Québec n’a pas le moyen de se priver de ses régions», a-t-elle dit.

Pas des B.S.

Le maire de Rouyn-Noranda, Mario Provencher, abonde dans le même sens. Selon lui, si les gens dans les grandes villes ont de l’emploi, c’est grâce aux ressources naturelles qui se trouvent dans les régions ressources. «On n’est pas des B.S. On est une des régions où le revenu des citoyens est le plus élevé. Les gens paient des taxes. On est payant pour le Québec, même si on se trouve dans le 819. Si on ferme les régions, aussi bien fermer le Québec», a-t-il indiqué.

Lorsque Jean Charest était premier ministre, il disait que le Québec aurait besoin de centaines de milliers de travailleurs pour combler les départs à la retraite et la création d’emploi. «Depuis que Philippe Couillard a été élu, le Québec a perdu 100 000 emplois. Ce n’est certainement pas la faute des régions. Ils devront ajuster leurs mensonges», a commenté Mme Bolduc.

Réactions de la FQM
 
La Fédération québécoise des municipalités (FQM) dénonce aussi férocement les propos du Conseil du patronat du Québec.
 
«Les positions qui y ont été énoncées concernant les régions sont truffées de préjugés, de mépris envers la population en plus d’aller à l’encontre de la Loi sur l’occupation et la vitalité des territoires», dénonçait le président de la FMQ, Richard Lehoux, par voie de communiqué.
 
«Ce n’est certainement pas en fermant des régions que le Québec va se développer et s’accomplir», poursuit M. Lehoux.
 
Colère et consternation au Bas-Saint-Laurent
 
Contactés par le Journal alors qu’ils étaient tous réunis à Trois-Pistoles ce vendredi, les huit préfets de la région du Bas-Saint-Laurent ont comparé à un affront les propos du Conseil du patronat.
 
«C’est la goutte qui fait déborder le vase, résumait le préfet de la MRC de Rivière-du-Loup Michel Lagacé, qui parlait aussi au nom de ses collègues. «On voudrait dénoncer des propos ''malhabiles'', mais le mot n’est pas assez fort. C’est un affront méprisant, venant de personnes ignorantes», s’emportait l’élu.
 
«Les communautés dévitalisées sont souvent des communautés forestières. Sans occupation, comment les grosses entreprises qui siègent à Montréal vont faire?»
 
Selon lui, les élus ne se laissent pas abattre. «Nous sommes choqués de ces paroles méprisantes venant de ces gens dans leurs tours là-bas. Mais on ne baisse pas les bras, au contraire .»
 
Philippe Dionne, maire de Saint-Paul-de-la-Croix, une municipalité dévitalisée, croit que cette déclaration ne passera pas à l’histoire. «Ils ont reconnu leur erreur. De toute manière, nous n’avons même plus d’aide comme telle, alors. C’est un mélange de maladresse et d’ignorance.»
 
Silence radio pour Jean D’Amour
 
Des 152 municipalités dévitalisées au Québec, 70 sont en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent. Le ministre de ce territoire, Jean D’Amour, se refuse à toute entrevue.
 
«Jamais noir sur blanc une organisation n’aura été aussi loin pour faire part de son mépris des régions», a ajouté Nancy Legendre, présidente de la CSN Bas-Saint-Laurent.  
 
«Nous ne pouvons passer sous silence cet affront direct aux régions. Nous réclamons du gouvernement une dénonciation claire de cette prise de position». Par ailleurs, Nancy Legendre s’explique mal la réaction du ministre de la région Jean D’Amour qui refuserait de commenter la sortie du CPQ. «Il ne faut pas qu’il perde de vue qu’il est ministre de la région.» 
 
Carrément irrespecteux!
 
La présidente de la Conférence régionale des élus de la Côte-Nord et mairesse de Forestville, Micheline Anctil, n’en revient tout simplement pas du discours du CPQ qu’elle juge carrément irrespectueux.
 
«C’est étonnant et extrêmement décevant d’avoir cette incompréhension du monde rural. Ça va carrément à l’encontre du développement des communautés», martèle Mme Anctil, également préfet de la MRC de la Haute-Côte-Nord, l’une des plus pauvres au Québec.
 
Elle considère complètement insensé la proposition du CPQ et affirme qu’elle va à l’encontre d’un principe de prise en charge par le milieu. Les fonds prévus pour les municipalités dévitalisés, insiste-t-elle, doivent justement servir à leur donner des leviers pour se sortir des contrecoups d’une économie difficile.
 
La Gaspésie fulmine
 
La Gaspésie, qui compte deux des trois MRC les plus dévitalisées au Québec, fulmine après avoir lu les propos du Conseil du patronat du Québec.
 
«On est choqué, on nous attaque. C’est extrêmement désolant de voir la vision du CPQ. Les régions apportent tellement aux grands centres sans compter tous les Gaspésiens installés à Québec et Montréal qui contribuent au développement des grands centres. Le CPQ a manqué une occasion de se taire », lance le préfet de la MRC de la Haute-Gaspésie, Allen Cormier.
 
«Je n’en reviens pas qu’un organisme aussi important que le CPQ tienne des propos aussi peu réfléchi sur les régions du Québec. Je revoyais exactement le même discours qui s’est tenu il y a deux ans par la Fédération des chambres de commerce du Québec dans le dossier de l’assurance-emploi», renchérit son homologue de Rocher-Percé, Diane Lebouthillier, qui souligne que le patronat est peu respectueux des entrepreneurs gaspésiens qui travaillent à revitaliser la région.
 
La mairesse de Murdochville qui se bat pour maintenir sa petite municipalité de quelque 700 habitants vivante est directe : «C’est manquer de jugement de parler des municipalités dévitalisées comme le fait le CPQ.  Ça n’a pas de bon sens», dit Délisca Ritchie Roussy.
 
Les élus n’hésitent pas à comparer la sortie du CPQ au Bureau d’aménagement de l’Est du Québec (BAEQ), qui avait amené la fermeture de plusieurs villages de l’arrière-pays gaspésien dans les années 1970.
 
— Avec la collaboration de Stéphanie Gendron, Charlotte Paquet, Elisa Cloutier et Nelson Sergerie