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Le combat d’une vie

Avec les enquêtes qui seront relancées par la police, la mère de Denis Roux-Bergevin espère qu’on épinglera enfin le meurtrier de son fils.

Novembre 84, auquel Nicole Roux-Bergevin a participé, 
relate, entre autres, le cas de six meurtres d’enfants non résolus dont certains seraient possiblement l’œuvre d’un tueur en série. Le réalisateur accuse aussi les policiers d’avoir bâclé les enquê­tes.
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier Novembre 84, auquel Nicole Roux-Bergevin a participé, relate, entre autres, le cas de six meurtres d’enfants non résolus dont certains seraient possiblement l’œuvre d’un tueur en série. Le réalisateur accuse aussi les policiers d’avoir bâclé les enquê­tes.

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Depuis près de 30 ans, la vie de Nicole Roux-Bergevin est un véritable calvaire. Le documentaire-choc de Stéphan Parent, Novembre 84, relate entre autres l’enlèvement et l’assassinat de son fils de cinq ans, le 5 juin 1985, dont le corps fut retrouvé quelques jours plus tard dans un boisé de Brossard.

Comme dans le cas de plusieurs autres victimes, dont le jeune Maurice Viens, Sébastien Métivier et Walter Lubin, le meurtre n’a toujours pas été résolu: «J’ai promis à Denis qu’on retrouverait le meurtrier et je ne lâcherai pas le morceau», affirme la femme de 51 ans, qui pourrait enfin obtenir des réponses puisque les policiers lui ont confirmé que les enquêtes seront relancées.


Il y a du nouveau dans le dossier de votre fils Denis assassiné puisque les policiers ont décidé de relancer l’enquête ?

Des enquêteurs du SPVM sont d’avis que l’assassin de mon fils serait le même que celui qui a tué Maurice Viens, Sébastien Métivier et Walter Lubin. Aux dernières nouvelles, ils m’ont dit qu’ils allaient enquêter sur un autre individu, un homme qui demeurait sur notre rue en 1985 et qui est relié à un suspect dans le film, celui qu’on appelle le chambreur.


Le documentaire Novembre 84 a fait bouger les choses ?

Mon désir est maintenant qu’il soit diffusé à plus grande échelle. La population sera à même de constater à quel point les enquêtes ont été bâclées. Peut-être que cela aidera également à retrouver le meurtrier si des gens se manifestent avec des indices. Enfin,

nous espérons que des gens haut placés décideront de s’en mêler pour changer les choses. Nous avons l’appui de l’avocat Marc Bellemare, mais nous voulons être entendus par plus de personnes en position d’autorité, car les lois doivent être modifiées pour protéger nos enfants.

 

Le réalisateur Stéphan Parent se réjouit des retombées du documentaire Novembre 84. Beaucoup de policiers, surtout retraités, sont très satisfaits du film, qui, selon eux, va faire avancer les enquêtes: «Une partie de notre objectif est atteint. Maintenant, le tout doit se poursuivre jusqu’à Québec. Nous voulons un débat là-dessus afin que les lois changent et que les policiers disposent de plus de moyens pour travailler sur les crimes non résolus, pour que les famil­les puissent enfin tourner la page, mais aussi pour que les auteurs de ces crimes soient finalement arrêtés», a dit Stephan Parent.
Photo courtoisie
Le réalisateur Stéphan Parent se réjouit des retombées du documentaire Novembre 84. Beaucoup de policiers, surtout retraités, sont très satisfaits du film, qui, selon eux, va faire avancer les enquêtes: «Une partie de notre objectif est atteint. Maintenant, le tout doit se poursuivre jusqu’à Québec. Nous voulons un débat là-dessus afin que les lois changent et que les policiers disposent de plus de moyens pour travailler sur les crimes non résolus, pour que les famil­les puissent enfin tourner la page, mais aussi pour que les auteurs de ces crimes soient finalement arrêtés», a dit Stephan Parent.

Qu’est-ce que les policiers du SPVM vous ont dit exactement ?

De ne pas lâcher. Les enquêteurs avec qui je fais affaire sont de nouvelles recrues. Je suis très heureuse, car ils semblent prendre le dossier vraiment à cœur. Ils ont contacté les parents de toutes les victimes. Il était même question que des analyses d’ADN soient réalisées. Évidemment, tout ça me soulage.


Avec la réouverture du dossier quel est votre plus grand souhait ?

Je souhaite que nos enfants ne soient pas oubliés. Nos cris d’alarme doivent être entendus auprès de Monsieur Couillard. Nous voulons que les lois changent. Il faut resserrer les critères de la loi pour que des gens atteints de maladie mentale, soupçonnés dans des dossiers criminels, ne soient plus relâchés aussi facilement. Il faut protéger les victimes et non le contraire. Nos lois doivent s’inspirer des lois américaines.


Vous tenez à savoir qui est le meurtrier de votre fils ?

Bien sûr, mais ce que je veux surtout c’est que la loi change pour faire en sorte que des enfants ne subissent pas le même sort que mon fils. Dans le documentaire, nous pointons du doigt une personne. Cet homme est encore en circulation, ça n’a pas de sens. Évidemment, il n’est pas le seul. Il y a d’autres hommes qui, comme lui, sont dangereux pour nos enfants. On ne peut pas prendre de chance. Une fois qu’ils sont aux mains de la justice, ils doivent le rester. Il y a trop de laisser-aller dans notre système.


Que feriez-vous si on arrêtait le meurtrier de votre fils ?

Je voudrais voir son visage sans nécessairement lui poser des questions. Je sais tout ce que Denis a subi, alors je ne ressens pas le besoin de revivre les événements. Je ne peux pas dire que je lui en veux, car je suis con­scien­te qu’il est probablement malade. Tout ce que je souhaite est qu’il soit enlevé de la circulation pour qu’il ne recommence plus jamais.


Avez-vous l’impression que si on retrouvait le meurtrier de votre fils votre douleur serait plus douce ?

Absolument. C’est la seule façon qui me permettrait de cheminer avec un peu plus de sérénité. Ma vie est un calvaire depuis 1985. C’est fou comme son meurtre a pu me détruire. Contrairement à d’autres, je suis incapable de tourner la page. J’ai fait des promesses à Denis et je vais les tenir jusqu’à mon dernier souffle. C’est ce qui me donne le courage de continuer.


Et quelles sont ces promesses ?

J’ai promis à Denis que l’on retrouverait le meurtrier et je ne lâcherais pas le morceau. Aussi que je me battrais pour que la loi change et que les enfants soient protégés.

 

Novembre 84, auquel Nicole Roux-Bergevin a participé, 
relate, entre autres, le cas de six meurtres d’enfants non résolus dont certains seraient possiblement l’œuvre d’un tueur en série. Le réalisateur accuse aussi les policiers d’avoir bâclé les enquê­tes.
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier

Vous pensez constamment à Denis ?

Ah oui... Au moins, j’ai le sentiment de lui avoir dit tout ce que je voulais lui dire. La première fois qu’il a été mis en terre, je lui avais écrit une lettre, mais j’avais l’impression de ne pas lui avoir tout dit. J’ai pris la décision de transposer sa dépouille dans un autre cimetière, où j’ai maintenant mon propre terrain. Il y a eu un deuxième service funèbre, je lui ai acheté un autre petit cercueil et j’ai donc dû l’identifier de nouveau.

Maintenant, il est au bon endroit, près de sa grand-maman, et nous irons le rejoindre un jour.


Vous avez donc vu dû voir le squelette ?

Oui, j’ai vu son squelette avec son petit crâne fracassé et je l’ai trouvé beau quand même. C’était un rêve que j’avais de pouvoir le revoir après une vingtaine d’années. Nous avons même replacé à son côté le petit toutou qui était dans son petit cercueil blanc la première fois. Je lui ai écrit une autre lettre encore plus profonde que la première. Ç’a été un grand bonheur pour moi de revoir mon fils.


Denis fait toujours partie de votre vie quotidienne ?

Il en fera toujours partie. À table, on ressent toujours son absence, encore aujourd’hui. Je ne peux pas l’oublier. C’est un enfant que j’ai mis au monde et qu’on m’a pris.

J’ai fait des promesses à Denis et je vais les tenir jusqu’à mon dernier souffle

Comment avez-vous fait pour reprendre une vie normale après le meurtre ?

Ça a pris quelques semaines avant que je me fasse à l’idée, mais ça ne m’a jamais empêchée d’être fonctionnelle. Je savais dès le départ qu’il ne reviendrait pas. Denis savait qu’il ne devait pas parler aux étrangers. Depuis l’âge de quatre ans que je lui disais de faire attention. Pour le reste, je me suis dit que si je sombrais, j’allais vraiment y laisser ma peau.


Est-ce qu’il vous arrive d’avoir des sentiments de culpabilité par rapport à l’événement ?

Non, ni mon mari et moi ne nous blâmons. Denis était bien encadré et jamais on ne le laissait se promener sans surveillance. Tout s’est déroulé en une fraction de seconde. Il était sagement assis sur une marche près de la porte. Je sortais sa petite sœur de sa chaise haute, mon mari François nettoyait la table et il a disparu en un éclair. Il y a beaucoup de parents qui se blâment, mais pourquoi? La douleur est tellement immense. Mon calvaire est tellement gros que je refuse de me dire qu’en plus c’est de ma faute.


Vous avez réussi à sauver votre couple malgré les événements ?

Je remercie la vie pour cette chance, car c’est le contraire dans la plupart des familles qui vivent des événements semblables. Nous avons toujours eu une grande confiance l’un envers l’autre. On ne s’est jamais jugés et on a toujours beaucoup dialogué. C’est plus facile de vivre des tragédies à deux.


Vous arrivez à vous épanouir malgré tout ?

Bien que nous ayons des petits moments de bonheur avec ma fille Stéphanie et nos petits-enfants, nous sommes plutôt malheureux. Il n’y a rien de pire que de savoir son fils assassiné et nous n’arrivons pas à l’oublier. En tuant Denis, le meurtrier nous a aussi tués.


Que dire de ceux qui n’ont jamais su ce qu’il est advenu de leur enfant disparu ?

Je ne peux me l’imaginer. Si ça m’était arrivé, jamais je n’aurais été capable de déménager de chez moi et de changer de numéro de téléphone. Jamais je n’aurais été capable d’arrêter de chercher mon enfant. Toute ma vie, je l’aurais attendu. C’est le pire calvaire que puissent vivre des parents dans l’attente de revoir un jour leur enfant. Au moins, dans mon cas, je sais que Denis ne souffre plus et qu’il repose en paix.