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Il peut être déporté à tout moment

Abou Fofana
Photo Amélie St-Yves Geneviève Trottier et Abou Fofana profitent de moments en famille avec leurs enfants Adama, et les jumeaux Kassim et Nabintou.

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Trois-Rivières | Un père de Trois-Rivières vit dans l’angoisse d’être déporté dans son pays d’origine, la Côte d’Ivoire, à tout instant. Un an et demi après avoir reçu l’avis de déportation, il redoute sans répit le moment où il sera séparé de sa femme et de ses trois enfants, nés au Québec.

Abou Fofana est arrivé au Québec en 2008 à titre de réfugié. Peu de temps après, il est tombé en amour avec Geneviève Trottier. Le couple s’est marié en 2011 et a eu trois enfants. Mme Trottier, était enceinte de sept mois en mai 2013 quand le couple a appris que la demande de statut permanent de M. Fofana était refusée. Initialement, l’homme devait être déporté le 20 juin suivant, mais ce matin-là, les papiers nécessaires n’étaient pas prêts.

Un an et demi plus tard, Abou Fofana réside toujours à Trois-Rivières, dans l’attente insoutenable de devoir partir. La situation devient intolérable pour sa conjointe Geneviève Trottier: « C’est sûr qu’il devra partir, mais on ne sait pas quand.»

Geneviève Trottier peine à s’imaginer quitter le Québec pour l’Afrique avec son mari et ses trois enfants. Il s’agit d’une grosse décision, mais elle n’aura pas le choix si elle désire garder sa famille unie. « C’est là que c’est difficile pour mon couple. Mon mari ne comprend pas pourquoi je n’ai pas envie d’aller là-bas. » La jeune femme, qui est actuellement conseillère en finances pour Desjardins, craint les conditions de vie dans ce pays.

En attendant le moment fatidique, le couple regarde vieillir Adama, 3 ans, et les jumeaux Kassim et Nabintou, 18 mois, en craignant le moment où ils seront assez vieux pour comprendre la situation.

Crime de guerre

Le Canada soupçonne Abou Fofana de crimes de guerre pour avoir travaillé comme menuisier pour les rebelles des Forces Nouvelles alors que la Côte d’Ivoire était plongée en guerre civile au cours des années 2000.

Chaque mardi, l’homme doit se présenter aux bureaux de l’Immigration à Montréal, sans quoi un mandat d’arrestation sera émis contre lui. « La minute où un titre de voyage sera émis par la Côte d’Ivoire, il devra partir», explique sa conjointe, qui admet angoisser à chaque fois.

La Côte d’Ivoire n’a jamais pris position publiquement dans ce dossier, mais n’émet pas les papiers nécessaires à la déportation. Le couple considère ce geste comme un appui à leur cause.

Abou Fofana n’est pas considéré comme un criminel de guerre en Côte d’Ivoire, même si le Canada le considère comme tel. Au moment des faits reprochés, tout le nord du pays était contrôlé par les rebelles. Le gouvernement légitime n’y mettait plus les pieds.

En 2006, Abou Fofana était menuisier et résidait dans la zone contrôlée par les rebelles. Il a accepté de l’argent des Forces Nouvelles à titre de menuisier, ce qui est considéré comme un crime par le gouvernement canadien. Cette situation met Abou Fofana hors de lui. « C’est la loi. C’est comme cela. C’est inhumain. C’est pour cela qu’il y a plein de fous! Pour le Canada, je n’avais pas à accepter l’argent. Je n’avais qu’à mourir de faim. » L’homme admet avoir également travaillé à un poste frontalier, toujours en tant que menuisier.