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Rapatrier la diaspora souverainiste

L’establishment péquiste est le premier responsable de cet éclatement

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Grosse semaine au Parti québécois. Demain marque le lancement officiel de la course à la chefferie. En fin de semaine, les péquistes réunis en conseil national connaîtront aussi le nombre de débats qui, d’ici le vote prévu à la mi-mai, opposeront les cinq candidats à la succession de Pauline Marois.

D’ici quelques semaines, on devrait d’ailleurs commencer à voir émerger celui ou celle qui s’imposera comme le principal adversaire, même lointain, de Pierre Karl Péladeau. Qui, de Martine Ouellet, Bernard Drainville, Alexandre Cloutier et Pierre Céré, réussira à le faire?

Après le débat officieux tenu la semaine dernière à l’Université de Montréal, j’avançais que Martine Ouellet pourrait étonner. Prenant en compte, bien sûr, que les choses ont aussi le temps de changer.

Ex-ministre des Ressources naturelles et militante de longue date, elle tentera de fédérer le vote progressiste. Au PQ et à l’extérieur. En s’engageant à «préparer» un référendum d’ici l’élection de 2018 et à le tenir dans un premier mandat en cas de victoire, elle tentera aussi de gruger quelques appuis à PKP- le meneur vu comme le plus déterminé à «faire le pays».

Ce dimanche, le lancement de campagne de Martine Ouellet réunissait d’ailleurs des membres du PQ, d’Option nationale (ON) et de Québec solidaire (QS).

Alliance ou rapatriement ?

Cette semaine, l’ex-chef d’Option nationale, Jean-Martin Aussant, lançait lui-même un appel à forger une «alliance» entre partis souverainistes. L’appel de celui dont le retour éventuel est espéré par plusieurs souverainistes, dont de nombreux jeunes, ne passe pas inaperçu.

Or, la plupart des candidats à la chefferie cherchent moins une «alliance» qu’à rapatrier au PQ une part de ce que j’appelle la «diaspora» souverainiste. Composée entre autres d’ON et de QS, elle comprend aussi les orphelins politiques jadis péquistes.

Ces orphelins sont en fait le produit de la lente démobilisation du mouvement souverainiste depuis la défaite référendaire en 1995. Au fil des ans, le silence du PQ sur son option et son obsession déroutante du déficit zéro ont contribué à faire fondre les appuis au PQ et à la souveraineté elle-même.

À l’aube du 20e anniversaire du dernier référendum, la «famille» souverainiste n’a plus de famille que le nom.

Une obligation de clarté

L’establishment péquiste est le premier responsable de cet éclatement. Aujourd’hui, sa punition est de devoir compter pour sa survie politique sur la même diaspora qui, dans les faits, est le fruit de sa propre inaction.

Or, entre une alliance transpartisane et un rapatriement de souverainistes au PQ, il y a une différence majeure. La première suppose le statu quo sur le plan électoral. La seconde commande le choix d’un chef et d’un programme aptes à convaincre suffisamment de souverainistes de rentrer au bercail.

Pour ce faire, «parler du pays» ne suffira pas. Le Parti québécois devra répondre concrètement à ce qui, à l’élection de 2018, risque fort d’être sa «question de l’isoloir»: à quoi servira le pouvoir s’il le prend?

À gouverner? Ou à tenter de faire l’indépendance par voie référendaire?