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Sécurité nationale: le terrorisme surpasse le crime organisé

Les enquêteurs de la GRC sont retirés des escouades provinciales de lutte contre le crime organisé

Les policiers québécois au sein des escouades régionales mixtes de lutte contre le crime organisé devront se passer de l’expertise de leurs collègues de la GRC, qui iront combattre la menace terroriste.
Photo d’archives Les policiers québécois au sein des escouades régionales mixtes de lutte contre le crime organisé devront se passer de l’expertise de leurs collègues de la GRC, qui iront combattre la menace terroriste.

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La menace terroriste au Québec vient de supplanter le crime organisé dans les priorités de la Gendarmerie royale du Canada. Plusieurs de ses spécialistes de la mafia montréalaise seront dorénavant réaffectés aux enquêtes liées à la sécurité nationale.

Le Journal a appris que la GRC a décidé de retirer tous ses effectifs qui faisaient équipe avec ceux de la Sûreté du Québec et des corps de police municipaux au sein des escouades régionales mixtes (ERM) de lutte contre le crime organisé.

Une dizaine d’enquêteurs et d’experts du renseignement criminel à la GRC travaillaient dans ces brigades spéciales chargées de déstabiliser la mafia italienne, les Hells Angels et les gangs de rue. Ils traqueront dorénavant les djihadistes.

De plus, la police fédérale évalue la possibilité de rapatrier les enquêteurs qu’elle prête à d’autres organisations policières dans des domaines comme la cybercriminalité et les crimes économiques, afin de répondre à sa nouvelle priorité.

La GRC a préféré ne pas confirmer ou commenter nos informations, hier.

Mise en garde

Cette décision va dans le sens des déclarations faites en octobre par son patron, Bob Paulson, devant un comité du Sénat.

Le commissaire Bob Paulson.
REUTERS
Le commissaire Bob Paulson.

Le commissaire Paulson avait alors informé les sénateurs que la GRC avait réaffecté pas moins de 300 enquêteurs spécialisés dans la lutte contre le crime organisé et les délits financiers, à travers le pays, pour qu’ils aillent aider quelque 200 de leurs collègues à surveiller les islamistes radicaux.

Pierre-Yves Bourduas, ex-commandant
JMTL
Pierre-Yves Bourduas, ex-commandant

Pierre-Yves Bourduas, qui a été le numéro un de la GRC au Québec entre 2002 et 2005, estime que cette réorganisation est justifiée «si c’est pour mener des opérations urgentes contre une menace immédiate».

Mais l’ancien commandant estime que «la menace numéro un au pays reste le crime organisé» et qu’«il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier».

«Si on ne s’occupe pas du crime organisé, il va vite étendre ses tentacules et ce serait inquiétant», a-t-il dit au Journal.

Le cabinet du ministre fédéral de la Sécurité publique, Steven Blaney, a réagi hier en affirmant que «notre gouvernement continuera de s’assurer que nos agences de sécurité nationale aient les ressources dont elles ont besoin».

Le ministre Steven Blaney
REUTERS
Le ministre Steven Blaney

Qu’est-ce que les ERM?

  • Il y a huit escouades régionales mixtes de lutte contre le crime organisé au Québec.
  • Les ERM regroupent près de 300 enquêteurs de plusieurs corps policiers.
  • Leur budget annuel est de 15 millions $. Le gouvernement fédéral, qui leur versait 8 millions $ par an, a cessé de les financer en 2013.
  • L’escouade Carcajou, mise sur pied en 1995 durant la guerre des motards, fut la première brigade du genre dans la province.

 


Ce qu’ils ont dit:

«Les tragédies à Saint-Jean-sur-Richelieu et sur la colline parlementaire, en octobre dernier, ont créé un ressac. Le nombre actuel de sujets d’intérêt au Québec [en matière de menace à la sécurité nationale] explique peut-être que la GRC retire ses effectifs des ERM.»
 
- Pierre-Yves Bourduas, ex-commandant divisionnaire de la GRC au Québec et en Ontario
 
 
«Le crime organisé se retrouve moins dans l’actualité présentement. Et j’entends dire que les policiers seraient complètement débordés en matière de dossiers antiterroristes...»
 
- Stéphane Berthomet, spécialiste en affaires policières et blogueur au Journal.
 
 
«Le crime organisé est une problématique sur laquelle les policiers travaillent constamment, mais actuellement, cela ne représente pas une menace aussi urgente que le terrorisme.» 
«La GRC a la responsabilité d’assigner ses ressources où les menaces sont les plus criantes. En même temps, si la pression est relâchée, le crime organisé risque de s’en donner à cœur joie.»
«Malgré les beaux discours du gouvernement Harper sur la sécurité, il a quand même coupé dans les budgets et la GRC n’y a pas échappé.»
 
- Michel Juneau-Katsuya, spécialiste de la lutte antiterroriste et ex-officier du Service canadien du renseignement de sécurité