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Des piques qui piquent la curiosité

François Xavier Testu photo
photo Courtoisie

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En réunissant sous un même couvert les paroles les plus mordantes de l’histoire, François Xavier Testu ne laissera personne sur son appétit.

Ce n’est pas pour être méchant, mais il y a des livres bien meilleurs que d’autres. Celui-ci, par exemple. Véritable florilège de vilénies qui ont tour à tour été proférées par des écrivains, des politiciens, des acteurs, des artistes, des journalistes ou quantité de personnages historiques, Le bouquin des méchancetés et autres traits d’esprit se savoure de la même façon qu’un grand sauternes: à petites doses, afin de faire durer le plaisir.

François Xavier Testu, qui est avocat associé à la cour de Paris et professeur de droit privé à l’université de Tours, se défend pourtant d’aimer les méchants. «Je me suis plutôt intéressé aux réparties cinglantes liées à la spontanéité d’une conversation, ce qui n’a rien à voir avec les méchancetés calculées qu’on peut lire dans les pamphlets. Lorsque le contexte s’y prête, il arrive en effet que les gens fassent de l’esprit aux dépens de quelqu’un. Contrairement aux pamphlétaires – qui sont animés par l’amertume et la rancœur –, ce n’est donc pas parce qu’ils disent des vacheries à l’occasion qu’ils sont mauvais. Je songe entre autres à Charles de Gaulle, à qui je consacre une quinzaine de pages. Il pouvait avoir la dent dure, comme on dit, mais il n’était pas du tout méchant!»

Passes d’armes

Le bouquin 
des méchancetés 
et autres traits 
d’esprit
François Xavier Testu, 
aux Éditions 
Robert Laffont, 
1156 pages
Photo Courtoisie
Le bouquin des méchancetés et autres traits d’esprit François Xavier Testu, aux Éditions Robert Laffont, 1156 pages

On doit du reste à cet homme d’État français plusieurs sourires. Car loin d’avoir la langue dans sa poche, de Gaulle avait souvent l’humour gaulois. Au cours d’un souper officiel en compagnie du président gabonais Léon M’Ba, qui aurait apparemment mangé sa belle-mère lors d’un repas rituel, un ministre a demandé au Général ce qu’il pensait de Mme M’Ba. Sa réponse? «Elle est mignonne à croquer.» Et lorsqu’il entendit un jour la foule hurler «Mort aux cons!», il n’a pu s’empêcher de lâcher «Vaste programme»...

Mais aussi aguerri soit-il côté ripostes, de Gaulle ne rafle pas toutes les médailles. De nombreux civils ont également réussi à mettre leurs rivaux hors combat en décochant simplement quelques flèches assassines. En voici d’ailleurs quelques-unes qui n’ont pas raté leur cible: après avoir assisté pendant près de cinq heures à la première du Soulier de satin de Claudel, l’écrivain Marcel Achard déclarera: «Heureusement qu’il n’y avait pas la paire...»

Sachant que l’auteur du Comte de Monte-Cristo comptait surtout sur l’aide des autres pour maintenir son luxueux train de vie, la salonnière française Augustine Brohan affirmera sans ambages: «J’aime mieux prêter au ridicule qu’à Alexandre Dumas.»

Et parlant d’une actrice très populaire, le dramaturge Tristan Bernard dira: «Pour se faire un nom, elle a dû souvent dire oui.»

Quant à François Xavier Testu, il apprécie particulièrement la réplique que Nancy Astor, la première femme ayant siégé au Parlement britannique, a un jour lancé à Winston Churchill: «Invité à un bal masqué où il n’avait pas du tout envie d’aller, Churchill déambulait dans les couloirs du parlement en se demandant tout haut comment il allait bien pouvoir se déguiser. Se trouvant dans les parages, Nancy Astor lui a alors suggéré d’y aller à jeun, parce que personne ne le reconnaîtrait!»

Méchant travail

Comme on peut le constater, aucune injure insipide du genre «abruti», «idiot» ou «crétin» n’a ici sa place. «L’idée de cet ouvrage était surtout de retenir les méchancetés qui feraient rire la plupart des gens, explique François Xavier Testu. Elle a surgi il y a 20 ans, pendant que j’étais en vacances dans le Beaujolais avec un ami. La chaleur étant écrasante, nous nous sommes réfugiés dans une bibliothèque et ce faisant, nous avons commencé à prendre des livres anciens au hasard. Ensuite, dès qu’on trouvait des passages amusants, on se les lisait à voix haute. C’est là qu’on s’est dit qu’on devrait peut-être les colliger...»

Un projet à deux qui a fini par devenir le principal passe-temps de François Xavier Testu. «Pendant des années et des années, j’ai coché dans les livres ce que je retenais de drôle. J’ai fait ça par récréation chaque fois que j’en avais l’occasion. Dans le cadre de mes activités professionnelles, je compte mes heures. Mais là, ça n’a pas du tout été le cas! Les notices biographiques ont notamment réclamé énormément de recherches. Quelques fois, on connaît mal les personnages et pour que la scène soit complète, il fallait la resituer dans son contexte d’origine.»

Un travail de titan qui explique en partie pourquoi Le bouquin des méchancetés et autres traits d’esprit figure déjà au nombre de nos gros coups de cœur 2015.