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Le cerveau complètement à off...

Le cerveau complètement à off...

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«Pis? As-tu lu le livre que je t’ai offert?»

Ça fait trois fois que ma Best me pose cette question. À Noël, elle était toute fière de me donner en cadeau une œuvre littéraire de 600 pages, racontant la deuxième Guerre Mondiale à travers les yeux d’une famille juive. Sûrement très intéressant, et troublant de vérité comme le disent les critiques, mais tellement difficile à lire.

Je l’ai commencé. Et recommencé. Et recommencé à nouveau, sans jamais pouvoir me rendre plus loin que la dixième page. C’est bien écrit, mais beaucoup trop recherché pour mes capacités intellectuelles du moment.

Après quelques phrases, mon esprit vagabonde. Je pense à la brassée de foncé que je dois partir si je veux pouvoir porter des bobettes propres, à mes ongles qui ont drôlement besoin d’une manucure ou à mon chat Geek qui mériterait bien une petite gâterie. Bref, à tout ce qui me vide la tête.

Depuis la remise de mon manuscrit il y a quelques jours, on dirait que mon cerveau est à off. Je n’ai plus aucune concentration. Ni pour consulter les journaux, ni pour suivre une recette de mon chef italien préféré, ni même pour faire des mots croisés. Bon, d’accord, j’admets que je n’ai jamais rempli une grille de mots croisés de toute ma vie, mais je suis convaincue que j’en serais incapable.

Tout ce qui ne me demande pas un effort surhumain, c’est la lecture de bandes dessinées. Ça, j’adore! Mais pour le reste...

Alors, si ma Best s’imagine que je vais me taper une brique hyper complexe avec des mots que je comprends seulement si j’en cherche la définition sur Internet, elle se met un doigt dans l’œil.

Burn-out intellectuel

«Je suis en burn-out intellectuel.»

Ma Best me regarde comme si j’étais une extraterrestre en train de manger une banane trempée dans le Nutella. Quoi? Elle n’a jamais entendu parler d’épuisement des neurones?

Je lui décris mes symptômes et elle semble maintenant me croire. Son air dubitatif fais place à de la compassion... puis à de l’angoisse.

«Euh... comment vas-tu faire pour écrire si t’as pas de concentration?»

Oh my God! Je n’avais pas pensé à ça? Et si j’étais épuisée au point de ne plus être en mesure d’exercer mon métier? Comment vais-je gagner ma vie si ma plume ne suit pas? Ma carrière de romancière serait-elle déjà terminée? Dites-moi que non!

Si c’est le cas, je vais devoir déménager dans plus petit, vendre mon auto noire et rose et surtout, cesser d’acheter des bouteilles de vin à 20$. Qu’est-ce qu’il va me rester dans la vie si je n’ai plus l’écriture pour m’échapper de mon quotidien routinier? Rien.

Collègue Sanguinolent va se désintéresser de moi et je vais finir seule, sans argent, à me bercer dans une vieille chaise toute démantibulée. Nostalgique, j’évoquerai l’époque glorieuse où je rédigeais des romans. Mais personne ne me croira.

Non! Je refuse cet avenir noir et triste. Je dois me prendre en main. Now!

J’attrape le fameux bouquin, bien décidée à lire plus de dix pages cette fois-ci. Au bout de quelques minutes, je rends les armes.

Bonne à rien

«Rien à faire, je suis pas capable. Je ne suis plus bonne à rien.»

Ma copine trouve que j’exagère. Ah oui? Je ne sais pas comment elle se sentirait, elle, si elle constatait ne plus avoir les aptitudes pour être une journaliste d’enquête?

«Je ferais encore du journalisme, mais plus léger.»

Pas bête! Et si j’essayais d’écrire un truc qui ne me casserait pas la tête? Comme une BD? Ouiiiiiii! Ça doit être facile de chez facile. Je m’y mets immédiatement pendant que ma Best étudie un jugement de la cour qui, dit-elle, la mettra sur la piste du scoop du siècle. J’ai hâte de voir ça...

Après deux heures de travaux forcés, je constate que j’ai un problème. Mes idées sont incohérentes et je m’en vais nulle part avec mon début d’histoire à la con. Échec total là aussi.

Je me confie à mon amie. Elle décrète qu’il existe une seule solution à mes troubles de concentration. Ça prend un billet d’avion, un bikini et beaucoup de margaritas! Un voyage dans le Sud toutes les deux, quelle bonne idée!

Je m’empresse d’aller faire ma valise, en y plaçant mes BD préférées. Ma Best y ajoute le bouquin qu’elle m’a offert. Je la regarde, stupéfaite. On va au soleil pour se reposer, non?

«Oui, mais après deux jours de farniente, il faudra bien que tu te forces un peu», me dit-elle.

Mécontente, je réfléchis deux secondes et je transfère le livre dans mon sac de cabine, que j’apporterai avec moi pour le vol. Un livre, ça s’oublie facilement dans l’avion, non?