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Les radars sournois

Je me méfie du projet de la SAAQ de moduler les primes d’assurance automobile grâce à un GPS

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Le piège se referme; les photos radars montrent de plus en plus leur vraie nature. On en ajoutera une trentaine bientôt.

Mais déjà, on a largué discrètement, fin décembre, quelques précautions dont on les avait entourés pour nous les faire accepter, dont leur inspection par un organisme indépendant.

On vient de décider que les seconds panneaux prévenant les automobilistes seront rapprochés à seulement dix mètres du capteur, au lieu de 65 à 130 mètres. Oh hasard! Selon les experts en sécurité, il faut dix mètres au cerveau de l’automobiliste pour réagir à un obstacle. Il n’aura donc que la distance entre le moment où il aperçoit le panneau et le moment où il le passe pour jeter un œil à son tachymètre et ajuster sa vitesse. On va plutôt freiner brusquement au risque de se faire emboutir!

On nous a fait croire qu’on placerait ces engins dans des zones à risques, bien annoncés, le but n’étant pas de récolter des sous, mais de prévenir les accidents. Mais sur son site, le ministère publie le total des contraventions et de l’argent amassé, mais rien sur les accidents avant et après. Se peut-il que les freinages dus aux radars photo aient l’effet inverse à l’effet recherché?

Limites factices

Au Québec, nul ne respecte les limites de vitesse factices. Le ministre refuse de dire à quelle vitesse ces engins nous considèrent en excès. Un citoyen a reçu une contravention à 115 dans une zone de 100, alors qu’il croyait bénéficier de la tolérance policière reconnue, mais non écrite à 118 km/h. Se peut-il que pour maintenir la rentabilité, on diminue progressivement le niveau de tolérance, piégeant des citoyens qui se croient en règle?

Les radars photo représentaient une belle occasion de jouer franc jeu et de mettre un terme à l’arbitraire en matière de limite de vitesse, selon que le policier ou l’État veulent remplir ses quotas ou ses coffres. Le projet pilote aurait dû inclure l’affichage des limites réelles, réalistes, respectables, et nonnégociables.

La SAAQ

À cause de cette gestion sournoise des photos radars, je me méfie du projet de la SAAQ de moduler les primes d’assurance automobile grâce à un GPS que l’automobiliste volontaire placerait dans sa voiture. Les compagnies d’assurance le font, mais accordent clairement une marge de 18 km/h au-dessus des limites permises, et donne accès au citoyen à ses données quotidiennes... Très pratique pour le parent qui peut ainsi surveiller du coin de l’œil son junior quand il emprunte l’auto!

Puis-je me fier à la SAAQ pour avoir la même transparence, alors qu’elle rapporte des taxes et des droits au gouvernement vorace? Risque-t-elle de changer les règles en cours de route, en baissant la tolérance de vitesse afin de répondre à une commande politique? Ou de finir par pénaliser ceux qui refusent le gadget au lieu de baisser les primes de ceux qui l’acceptent?

Je peux changer de compagnie d’assurance, mais la SAAQ est un monopole. Et les gouvernements ont la manie d’abuser de leurs monopoles pour mieux nous spolier.