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RBO avait raison

La Voix
Courtoisie

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 Dimanche midi, dîner chez ma grand-mère. Elle me dit que ce soir, elle écoutera « la Voix. » Je l’écouterai aussi, c’est un rendez-vous hebdomadaire père-fille depuis trois ans. Nos dimanches soirs à écouter les gens chanter sont sacrés dans mon coin de pays.

Pour l’amuser, je lui montre la vidéo d’une religieuse qui a gagné « la Voix » en Italie. Ma grand-mère italienne sursaute en l’écoutant chanter : « pourquoi est-ce qu’elle ne chante pas en italien ? » Bonne question. Comme s’il n’y avait pas de bonnes chansons italiennes. En fait, c’est un phénomène qu’on voit un peu partout dans le monde dans les émissions de talents : on se rabat sur la culture dominante, sur la culture de masse, sur la chanson américaine. Comme si les chansons locales n’étaient pas assez intéressantes pour démontrer l’étendue des talents vocaux de certains.

C’est la même chose ici. La majorité des aspirantes « Voix » du Québec choisissent d’interpréter une chanson anglophone pour tenter leur chance. Évidemment, je n’ai rien contre la musique anglophone, j’en écoute abondamment, comme la plupart des gens que je connais. Cependant, je me demande si ce n’est pas symptomatique de quelque chose de plus inquiétant. Il ne manque pourtant pas de choix dans le répertoire de la chanson québécoise ou francophone, de plus les 4 « coachs » de la populaire émission sont des vedettes de la chanson québécoise : elles ont fait leurs carrières en français, au Québec. Elles sont populaires et adulées, leurs chansons tournent en boucle à la radio. Elles sont toutes les quatre des modèles de réussite, en français. Pourtant, plusieurs des membres francophones de leurs équipes respectives semblent atteints du syndrome « I want to pogne » : j’ai l’impression que RBO n’a jamais eu aussi raison : Icitte is a small marché/Icitte there is no débouché/I want to become very gros (...)


On chante en anglais un peu partout sur terre. Considère-t-on, chez certains artistes, les cultures locales comme ringardes ? Chanter en anglais, c’est la lingua franca de plusieurs jeunes artistes internationaux, comme si c’était une panacée, comme si les cultures d’origines, et les langues maternelles n’offraient pas de possibilités, rendait impossible la diffusion de leur art.

On oublie souvent que la langue n’est pas seulement un instrument de communication ou un outil de travail, elle véhicule une culture, la diversité de celle-ci. Lorsque les Cambodgiens se mettent à chanter en anglais, on peut se demander si la culture cambodgienne est en voie d’extinction, ou réservée aux aïeux.


Pourtant, l’originalité est dans la diversité. Le plaisir, c’est de découvrir une chanson en espagnol. D’adorer les rythmes d’une chanson coréenne à laquelle on ne comprend rien, de faire du ménage en écoutant Tarkan chanter en turc. D’écouter des opéras en italien. Ça, c’est la diversité. La culture mondialisée quant à elle a un avenir franchement insipide, mais assuré. Lorsque toutes les chansons et toutes les musiques seront pareilles, qu’est-ce qui se démarquera ? Quelles sont les chansons classiques qui feront partie des répertoires des nations ? Les réalités des « marchés » et de la mondialisation feront-elles de la place à la musique anglophone seulement ? Les artistes qui choisissent de s’y plier font un choix technique, un choix pour tenter une carrière internationale, pour gagner plus de sous, pour s’ouvrir un public plus grand. Mais sont-ils au fond, victime de plus grand qu’eux ?