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Touche pas à mes régions

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Une inquiétude palpable est née dans les régions du «Québec profond», dont on entendra beaucoup parler à l’Assemblée nationale au cours des prochaines semaines.

La politique d’austérité du gouvernement Couillard se traduira par une centralisation des pouvoirs qui va à contre-courant du discours politique et de nombreux gestes posés en faveur de délégations vers des instances régionales.

Un collectif baptisé «Touche pas à mes régions» est né, qui regroupe autant de composantes que de régions. Ont cosigné sa déclaration de principes des personnes aux allégeances diverses, comme les ex-ministres libéral et péquiste des Régions, Nathalie Normandeau et Rémy Trudel, le militant Gabriel Nadeau-Dubois, l’ex-président de l’UPA, Jacques Proulx, les auteurs Gilles Vigneault et Fred Pellerin, ainsi qu’une foule d’autres qui ont de larges audiences.

Il y a dans cet éclectisme un signal pour le gouvernement Couillard qu’il ne devrait pas ignorer.

À deux vitesses

Le Québec est champion en Amérique pour le poids et le coût de ses structures.

L’impact de l’abolition du Centre local de développement (CLD) à Québec n’est pas le même qu’il le serait en région. La Ville de Québec a un service du même type au sein de son administration.

Le gouvernement du Québec laisse les administrations locales choisir entre maintenir ou abolir leur CLD. Même chose pour les Conférences régionales des élus. Évidemment cependant que si ces paliers sont vidés d’autorité et de budgets.

La réduction du nombre de commissions scolaires de 72 à 46 ou d’agences de la santé, n’a pas non plus la même signification dans les régions que dans les grands centres urbains. Dans les régions, un retour à la centralisation est reçu comme un recul, une négation d’un droit à l’autodétermination en quelque sorte.

L’alliance de Montréal et de Québec avec le gouvernement Couillard ces derniers mois a par ailleurs accentué la perception dans les régions de «deux Québec dans un.»

Les gouvernements doivent reconnaître concrètement la distinction entre l’organisation socioéconomique pour la métropole et la capitale, et le modèle différent préféré en région.

Les signataires de la déclaration Touche pas à mes régions ne sont pas péquistes, libéraux ou solidaires, ils sont des régionalistes convaincus, originaires de toutes les régions du Québec qui partagent cette même volonté d’autonomie et d’autogestion.

Calculs stratégiques

Le Parti québécois jouera beaucoup cette carte d’ici à la Saint-Jean. Il cherchera à s’imposer comme «le parti des régions».

De plus, ce dossier lui permet une diversion d’une course à la direction au cours de laquelle le PQ apparaît parfois bien déconnecté, perdu dans les tergiversations sur l’accession à la souveraineté.

Enfin, le gouvernement Couillard est vulnérable sur ce terrain. Il prend des mesures qui répondent à des impératifs d’assainissement des finances, mais il casse des œufs. De plus, il a été desservi ces derniers jours par une déclaration malheureuse du président-directeur général du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval, un allié naturel, qui recommandait au gouvernement de favoriser la migration des citoyens de municipalités dévitalisées vers des mieux nanties.

Un fort vent d’indignation a soufflé venant des régions.