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La cigarette électronique suscite «une crainte démesurée» dans les institutions publiques qui veulent la restreindre, estime un pneumologue

Charly Pairaud demonstrates the use of an electronic cigarette in his factory in Pessac, near Bordeaux
Photo Reuters

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Les Villes de Québec, de Montréal et les autorités de santé publique expriment une «crainte démesurée et exagérée» à l’égard de la cigarette électronique, lance un éminent pneumologue québécois qui fait aussi partie d’un groupe mondial d’experts qui étudient la question.

Le fait de fumer est «rendu tellement antisocial qu’on ne se pose pas de questions», déplore le pneumologue Gaston Ostiguy, au Centre universitaire de santé McGill. À la Ville de Québec, à la Ville de Montréal, à l’arrondissement de Montréal-Nord, au Réseau de transport de la Capitale et à la Société de transport de Montréal qui songent à restreindre la cigarette électronique ou qu’ils l’ont déjà fait, il répond qu’ils «vont un trop vite». Il déplore que les organisations n’aient «jamais fait appel à notre expertise» et suggère de «mettre la pédale douce en attendant que le gouvernement ne se penche sur la question».
 
La vapeur secondaire n’est pas nocive
 
Le Dr Ostiguy insiste pour dire que la vapeur inhalée par les vapoteurs, et même la vapeur ou fumée secondaire «n’est pas nocive pour la santé». En fait, «les traces de contaminants dans la vapeur expirée sont en quantité tellement minimes qu’il n’y a aucune raison de penser que ça peut être dangereux pour la santé». La concentration de contaminants y est 500 fois moindre que dans la fumée secondaire de cigarette, et la quantité de nicotine, 40 fois moindre. Mais la nicotine, ajoute-t-il, bien qu’elle «crée la dépendance, n’est pas dangereuse pour la santé».
 
Dr Gaston Ostiguy
Charly Pairaud demonstrates the use of an electronic cigarette in his factory in Pessac, near Bordeaux
THOMAS PLOURDE/LE REVEIL/AGENCE QMI
 
Même une exposition prolongée à la vapeur secondaire, par exemple dans un milieu de travail, n’a pas d’incidence sur la qualité de l’air. Les contaminants restent largement sous les normes acceptables. De là dire que ça équivaut à zéro? «J’irais jusque-là», répond le docteur. Quand certains commerces interdisent même de vapoter à la porte, il répond que cette vapeur y est moins nocive que l’échappement des voitures qui circulent plus loin dans la rue.
 
S’il admet que dans les endroits clos, le mélange de saveurs peut rendre le vapotage désagréable, il ajoute qu’il ne faudra pas évoquer la science ou la santé si l’on décide d’interdire le vapotage dans les lieux publics. «Ce serait difficile à justifier sur le plan de la science», déclare le Dr Ostiguy.
 
La cigarette électronique est utilisée depuis beaucoup plus longtemps en Europe, sans qu’on y trouve de problèmes de santé importants chez les utilisateurs, évoque-t-il. Au contraire, la vente de produits du tabac a diminué de 7 % en un an en France. «C’est certain que le prix des cigarettes (traditionnelles) a augmenté, mais jamais aucune intervention médicale ou éducative n’avait donné de résultats aussi flamboyants dans le passé», s’enthousiasme le pneumologue, qui constate également des résultats très positifs liés au passage à la cigarette électronique chez ses patients fumeurs.
 
Le Dr Ostiguy défait aussi l’argument souvent évoqué voulant que la cigarette électronique soit une porte d’entrée vers le tabagisme chez les jeunes. Des études européennes ont prouvé que «moins de 2% des jeunes qui ont opté pour la cigarette électronique n’ont jamais fumé la cigarette traditionnelle. Ce sont des résultats très significatifs», souligne-t-il. Chez les jeunes comme chez les adultes, les utilisateurs de cigarettes électroniques sont donc des fumeurs et d’ex-fumeurs en grande majorité.
 
La priorité : réglementer les produits
 
En l’absence de loi encadrant l’utilisation de la cigarette électronique, le pneumologue Gaston Ostiguy, est d’avis que les autorités devraient plutôt se concentrer à établir une réglementation «pour s’assurer que ce qui est vendu soit de bonne qualité, autant pour le propylène glycol, la glycérine et la nicotine» qui composent la vapeur inhalée par les vapoteurs. En attendant, «c’est sûr qu’il y aura des vendeurs qui vont vendre de la cochonnerie», regrette-t-il. Les huiles ou l’alcool parfois ajoutés aux liquides peuvent provoquer de mauvaises réactions.
 
Dans un monde idéal, il faudrait tout de même que la cigarette électronique ne soit pas vendue aux mineurs, qu’elle soit offerte uniquement dans des boutiques spécialisées où les vendeurs sont compétents, et que les produits soient standardisés et de bonne qualité, énumère le docteur.