/news/society
Navigation

L'art de donner un visage au crime

Pénélope Deniger, en train de faire un portrait-robot sur son ordinateur.
Photo Le Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin Pénélope Deniger, en train de faire un portrait-robot sur son ordinateur.

Coup d'oeil sur cet article

Ils ne sont qu’une poignée au Québec à dessiner des malfaiteurs à partir des souvenirs des autres, à combattre le crime à grands coups de crayon. Le Journal a rencontré une des artistes derrière les portraits-robots utilisés par les corps policiers de partout en province. Voici en quoi consiste le travail de Pénélope Deniger, portraitiste à la Sûreté du Québec.


D’où proviennent les parties de visages que la portraitiste montre au témoin?

D’une banque de photos de criminels québécois constituée par la Sûreté du Québec, mise à jour périodiquement.


Qu’est-ce qui frappe le plus les témoins généralement?

Les yeux, à moins d’un signe distinctif précis comme une dent en moins ou un tatouage.


Où sont réalisés les portraits-robots?

Dans les postes de police de partout en province, généralement. Il peut arriver que la portraitiste se déplace dans un hôpital, une école ou même une banque.


Combien de portraits-robots sont réalisés dans une année?

En moyenne 110 par année par les deux artistes de la Sûreté du Québec. La police de Montréal a aussi deux portraitistes.


Pour quels crimes utilise-t-on cette technique d’enquête?

Les agressions sexuelles, les voies de fait, les invasions de domiciles, les tentatives d’enlèvement, les introductions par effraction et les vols qualifiés, principalement.

Entre 2010 et 2013, la Sûreté du Québec a aussi utilisé des portraits-robots pour un homicide, un acte terroriste, une disparition et une vingtaine d’autres types d’infractions.


Combien de temps ça prend pour faire un portrait-robot?

La rencontre avec le témoin, le montage du portrait et les retouches prennent entre 1 heure 30 et 2 heures sur l’ordinateur. S’il s’agit d’un portrait à la main, la durée est de quatre à six heures.


Le portrait-robot est utile:

Si la victime ou le témoin a vu le criminel à visage découvert, si l’agresseur est un inconnu ou pour appuyer d’autres méthodes d’enquête.


D’où vient le portrait-robot?

D’un jeu créé par le Français Roger Dambron dans les années 1950 pour amuser ses enfants. Il avait découpé des photos de magazines qu’il mélangeait pour créer de nouveaux visages. La police s’est intéressée à son invention quelques années plus tard.


L'ABC d'un portrait-robot

 

Pénélope Deniger, en train de faire un portrait-robot sur son ordinateur.
Photo Le Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin

► Un enquêteur contacte la portraitiste pour reconstituer le visage d’un suspect. Il lui donne les détails du crime.

► La dessinatrice rencontre la victime ou le témoin oculaire seule. «C’est très important de mettre la personne à l’aise», insiste Mme Deniger.

► Le témoin peut avoir été convié à une entrevue cognitive ou une séance d’hypnose au préalable pour faire ressortir les souvenirs enfouis. «Les gens ne font pas la poule, précise Mme Deniger. C’est un état de grande relaxation pour ouvrir les portes de la mémoire.»

► Le témoin raconte ce qu’il a vu ou vécu de façon chronologique. La portraitiste lui demande de se concentrer sur le moment où il a le mieux vu le visage du suspect. Elle prend des notes. «Je ne peux pas être subjective. Toutes les informations doivent venir du témoignage de la personne que je rencontre», souligne Mme Deniger.

► L’artiste montre 100 photos d’yeux au témoin sur son ordinateur. Le témoin en choisit quelques-uns, puis procède par élimination pour déterminer l’image la plus ressemblante.

► Le processus est répété avec 100 nez, 100 bouches, 100 mâchoires et 100 crânes.

► À partir des informations du témoin, la portraitiste unifie le teint du suspect et ajoute des détails (grains de beauté, piercing, boutons, barbe). Elle travaille généralement avec un stylet sur une tablette graphique. Dans de rares cas, le portrait peut être fait à la main.

► L’artiste peaufine le portrait avec le témoin, et l’envoie de façon électronique à l’enquêteur.

► Si nécessaire, le portrait est diffusé dans les différents corps de police, les établissements correctionnels et les médias.

► Il arrive parfois que la portraitiste rapporte de l’information supplémentaire à l’enquêteur. «Les gens peuvent être plus à l’aise de se confier à moi, car je ne suis pas une policière en uniforme», indique Mme Deniger.